Union de Quartier de l'Ile Verte
Commission Cadre de Vie

Entretien des arbres

Nous reproduisons ici, avec son autorisation, les textes envoyés par Jean-Claude Rebuffet de la Mairie de Grenoble concernant l'entretien des arbres, ainsi que les calendriers présisionnels.

10 août 2018

Petite chronique :
Le 1er mars 1924, le Conseil municipal en séance publique, sur la convocation et sous la présidence de monsieur Paul MISTRAL, Maire, donnait un avis sur diverses plantations à effectuer sur des voies publiques et au cimetière. Autorisation était ainsi donnée de planter la rue des Alliées. Le premier février de l'année précédente, monsieur SEGUIN, directeur du service des Promenades et jardins, avait évoqué auprès du premier magistrat de la ville la demande des riverains de cette voirie de voir planter des arbres et leur proposition de participer à la dépense. « ...Cette avenue mesure du passage à niveau de la ligne de Gap au chemin d'Echirolles une longueur de 600m environ avec une largeur prévue de 15m, une chaussée de 7m et deux trottoirs de 4m... L'utilité d'arbres se fait sentir dans cette voie nouvelle... Le service Voirie n'a jusqu'à ce jour procédé qu'à un cylindrage de la chaussée, les trottoirs prévus n'existent pas encore... ». Les trottoirs furent réduits à 3,5mètres, le platane choisi pour sa rusticité avec un entre-axe de 10m et le chantier estimé à 3220 francs pour 115 arbres.
En 1943, Paul COCAT remerciait le Directeur des établissements FIT de l'envoi d'un chèque de 3000 francs pour contribuer au remplacement de 9 sujets carbonisés par l'incendie d'un dépôt de caoutchouc de ces établissements dans la nuit du 12 au 13 juin. En 1963 la chaussée de la rue au droit du Marché de Gros fut portée à 14 mètres, nécessitant la coupe de 8 sujets, puis en 1966 pour permettre la construction du pont au-dessus de la voie ferrée ce sont 5 platanes qui ont été transplantés boulevard Jean Pain afin de remplacer des arbres morts. Enfin, en 1974 la Municipalité décide de lancer un vaste programme de plantation d'arbres d'alignements alors que depuis de nombreuses années les arbres étaient remplacés au coup par coup. Onze tranches seront réalisée jusqu'à 1984 dont la rue des Alliés qui fait partie de la première tranche de plantation avec 42 platanes en 1974. Enfin, en 1992 un inventaire diagnostic fait état de 76 platanes entre les rues Balzac et Stalingrad et de 44 autres sujets entre Stalingrad et Marie Reynoard. Pour la première section le rapport de l'expert évoque : « 76 arbres, un dangereux, 11 à risque... si l'objectif de la Municipalité est de diminuer les coûts de fonctionnement, il sera préférable d'abattre ces arbres au profit d'une nouvelle plantation à grand développement... »
Aujourd'hui, des platanes de la rue des Alliées s'approchent donc de leur centenaire. Ils ont subi des tailles mutilantes et des travaux de voirie. Aussi des champignons lignivore se sont développés en eux. Depuis plusieurs dizaines d'année ils sont taillés tous les trois ans « sur prolongement » pour assurer la sécurité des passants dans l'attente d'un grand chantier de renouvellement.
(Source : archives du service)

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3 août 2018

Petite chronique :
Le 22 septembre 1884, Edouard REY Maire de Grenoble autorisait le jardinier en chef de la ville de Grenoble « à remettre à M. le Pharmacien en chef des hospices, les oranges que vous ferez cueillir sur les orangers de la ville avant leur rentrée dans les orangeries »
Que d'échanges épistolaires sur ces orangers dont l'injonction en 1904 de « rétablir l'exposition qui était faite précédemment au jardin de ville et sur la place Grenette... dans les plus brefs délais ». Le nouveau Maire Charles RIVAIL, fraichement élu en mai montrait à monsieur ALLEMAND chef de service qu'il fallait assurer la continuité de service.
Il faut dire qu'à cette époque, la mise en place des alignements d'orangers taillés en cubes, indiquait la belle saison et l'arrivée des touristes dans la capitale des Alpes françaises. C'était un véritable évènement qui durait près d'un mois pour deux hommes avec un cheval et son chariot portant l'oranger sur deux cordes. Le chariot automoteur avec élévateur a réduit dans un premier temps à 10 jours cette activité qui aujourd'hui prend moins d'une journée.
La ville a compté jusqu'à 153 orangers et le 17 juin 1970, l'ex chef de service des espaces verts devenu simple retraité citoyen, évoquait pour défendre leur maintien que certains dataient du connétable de Lesdiguières. Il est à noter que leur mode de culture en bacs avec ces tailles annuelles au cordeau et le nettoyage régulier des racines en faisait de grands bonsaïs.
La ville acheta ces arbres d'ornement au nombre de 93 le 11 mars 1735 alors qu'ils avaient plus de 100 ans, datant de la création en 1622 des jardins de l'hôtel particulier du connétable de Lesdiguières. Les orangers étaient rentrés chaque hiver dans un local construit en 1675 par le maître maçon Jean Louis, en bordure de la rue Montorge. Il comprenait trois caves voûtées. C'est en 1895 que la ville de Grenoble a construit son Orangerie rue Joseph Chanrion. Au printemps 1970 la décision fut prise de diminuer le nombre de plantes d'orangerie car leur gestion dont le renouvellement des bacs est onéreuse et de les laisser en « forme plus naturelle et jugée plus esthétique par la municipalité que la forme cubique... ».
Aujourd'hui il ne reste que 66 bacs d'orangerie, 10 avec des orangers et 56 avec des palmiers.
(Source : service archives)

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27 juillet 2018

Petite chronique :
Il a été mesuré une augmentation significative de la fréquence et une amplitude croissante des volumes abattus par les tempêtes depuis 1865. Sans écarter l'hypothèse des possibles bouleversements climatiques, certains relient l'augmentation des chablis à la proportion croissante des peuplements résineux dans les forêts de l'Europe centrale depuis la fin du XIX è siècle et à la part croissante de ces plantations dans nos forêts Françaises depuis la fin de la seconde guerre mondiale. La France a été épargnée jusqu'en 1982, car les peuplements étaient encore jeunes et pas encore sensibles aux dégâts du vent. Si les dégâts augmentent et sont plus fréquents depuis 30 ans, c'est aussi par ce que la surface forestière et le capital sur pied n'ont cessé d'augmenter depuis plus d'un siècle. L'analyse des dégâts des différentes tempêtes des quarante dernières années permet d'évoquer une sensibilité plus forte de certaines essences au vent (épicéa, pin sylvestre, hêtre, tremble et peuplier) tandis que d'autres comme le chêne résistent bien.
Si le sol est relativement sec (tempête de novembre 1982) les arbres sont plus souvent brisés que renversés. À l'inverse, lorsque la tempête se produit après une période très pluvieuse (décembre 1989), les arbres sont plus facilement renversés car les forces reliant l'appareil racinaire et le sol sont plus faibles. La compacité du sol ou sa fertilité favorisant un enracinement dans un faible volume de sol superficiel sont des facteurs d'augmentation du risque.
La résistance au vent dépend principalement du type de système racinaire. Le système en coeur (douglas, mélèze, hêtre, érable sycomore, chêne, bouleau, tilleul, charme) paraissant le plus résistant alors que le système traçant (épicéa, frêne, tremble) s'avérant comme le moins. On pourrait penser que le système pivotant (sapin, pin) permet un meilleur ancrage mais le facteur déterminant est davantage la pénétration racinaire oblique et la densité de chevelu racinaire que la profondeur de l'enracinement principal par ce que cela permet de fixer une quantité de terre importante. Or l'arbre tient dans le sol beaucoup plus par le socle formé autour des racines fines, dont le poids est environ 8 fois celui de l'arbre que par un effet d'ancrage.
La hauteur des arbres dominants supérieure à 15 mètres pour les résineux et 25 mètres pour les feuillus augmente les dégâts. Le facteur d'élancement H/D déjà évoqué dans d'autres chroniques est déterminant dans les risques pour une même hauteur dominante. Ainsi pour une zone forestière dont la hauteur dominante est 24 mètres, nous avons une bonne stabilité pour un Hg/Dg inférieur à 55, une stabilité variable entre 55 et 90 et une forte instabilité au-dessus de 90. En zone peu stable les arbres ne peuvent résister individuellement au vent et font bloc. En cas d'ouverture du peuplement suite à une éclaircie l'effet bloc est supprimé et les arbres restants sont exposés au risque de volis.
(Source : Laurent Bergès CEMAGREF)
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19 juillet 2018

Petite chronique :
L'aérodynamique est une science expérimentale et de nombreuses simulations sont réalisées pour vérifier les forces de trainées et les turbulences engendrées par les frottements d'un fluide sur un objet, air sur un avion en vol ou eau sur un sous-marin. Autant dire la difficulté de modéliser les frottements d'un vent tempétueux sur une forêt. Toutefois, l'augmentation significative de la fréquence et l'amplitude croissante des volumes abattus par les tempêtes depuis 1865 interrogent les gestionnaires forestiers.
Contrairement à ce que l'on peut intuitivement penser, ce n'est pas du côté exposé au vent que les dégâts sont les plus importants mais du côté de la lisière sous le vent. En effet, du côté exposé au vent la lame d'air est déviée vers le haut, on observe des turbulences au-dessus de la forêt, le vent est soulevé puis derrière il est progressivement rabattu. Il se crée une aspiration, l'air étant aspiré hors de la forêt du côté sous le vent. Sa vitesse augmente donc avec une zone de fortes turbulences au ras de la canopée au-dessus de la lisière sous le vent. C'est là, par fortes tempêtes que les chablis sont les plus graves. Du côté au vent, à une distance égale à 2 fois la hauteur du peuplement la vitesse du vent est freinée de 20%. Du côté sous le vent, le vent ne retrouve sa vitesse qu'à une distance correspondant à 20 fois environ la hauteur du peuplement.
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4 juillet 2018

Petite chronique :
Les conflits d'usages et fonctions compliquent la gestion d'une forêt écartelée entre ses fonctions sociétales, environnementales et économiques.
D'anciens écrits sur les forêts Françaises sont source d'éléments de connaissance mais c'est sur la base de la carte de Cassini établie au XVIII ème siècle que l'université Humbolt de Berlin a pu déterminer la surface de forêts Françaises (7500 ha) dont la présence est attestée sans discontinuité depuis cette époque. Je ne vais pas m'égarer dans des explications sur la réalisation de cette carte au risque de me faire taper sur les doigts pour inexactitude par les professeurs de géographie qui sont parmi vous. Toutefois sa réalisation constitue une riche histoire familiale sur quatre générations et aussi une belle histoire scientifique initiée par Louis XIV avec la création de l'académie des sciences. Colbert demanda à cette académie en 1668 de réaliser des cartes plus exactes que celles qui existaient et donnaient des distances entre villes en journées de cheval. C'est donc la première carte topographique et géométrique établie à l'échelle du royaume de France. Elle comprend 181 feuilles. Ces cartes sont utilisées en écologie rétrospective et pour comprendre l'histoire du paysage (et aussi par les chasseurs de trésors mais chuuut...).
Revenons à nos 7500 ha dont moins de 17% sont protégés soit 1250 ha (sur 17 millions d'hectares de forêt Française). Le programme « Forêts anciennes » du WWF et le pôle forêt des Réserves naturelles de France ont identifié 52 peuplements naturels anciens dans 33 massifs forestiers où les tronçonneuses sont libres d'agir. Avec le développement de l'exploitation du bois comme source d'énergie ne faudrait-il pas augmenter le nombre et la surface des espaces de réserve intégrale pour les préserver? Ce classement permet le suivi de la dynamique naturelle d'écosystèmes peu soumis à l'action anthropique. Un bon exemple de l'intérêt de cette préservation est la forêt de Massane (Pyrénées-Orientales) de 336 ha, protégée depuis 1973 qui recèle 6467 espèces animales et végétales. Ce terrain de travail de plusieurs spécialistes est cité dans plus de 800 publications scientifiques notamment pour les études d'insectes xylophages. Plus près de nous la réserve intégrale du Lauvitel fait l'objet depuis sa création (1995) d'un suivi de la forêt qui n'est plus exploitée que depuis 1922. La réserve intégrale du Vercors créée en octobre 2009 sur 2160 ha avait suscité une forte opposition au moment de la création. C'est l'une des trois plus grandes réserves de biologie intégrale française. Outre l'abandon des pratiques sylvicoles, le classement en réserve intégrale implique l'arrêt de l'activité pastorale et les fréquentations non autorisées.
(Source : Loïc CHAUVEAU Sciences et Avenir)
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29 juin 2018

Petite chronique :
Connaissez-vous le « Shinrin Yoku ? La tradition japonaise du « bain de forêt » a acquis une reconnaissance scientifique internationale avec la mise en évidence de la baisse de pression artérielle, du taux de cortisol et l'amélioration de l'immunité par différentes études médicales. 62 centres de sylvothérapie ont été certifiés au Japon et environ 5 millions de Japonais s'y rendent chaque année. Le Dr Li auteur de plusieurs publications (dont « Shirin Yoku : l'art et la science du bain de forêt » ed. First) a mis en évidence l'effet de certaines molécules aromatiques libérées par les arbres, (les phytoncides). N'importe qui peut pratiquer le Shirin Yoku dès lors que l'on a une forêt ou un parc avec des arbres près de chez soi. Il suffit de marcher lentement, sans but pendant deux heures et de savourer les sons, les odeurs et les images de la nature. Alors que les recherches Européennes de bienfaits de la nature se sont plus intéressées aux aspects psychologiques, au japon on s'est intéressé aux aspects physiologiques et on les a quantifiés (augmentation de 50% des lymphocytes NK, de 48% de la granulysine après trois jours et deux nuits passés en forêt, avec une persistance des effets pendant près de 30 jours. La sylvothérapie fait partie de pratiques préventive pour des personnes en bonne santé. Toutefois, d'autres études sont lancées pour analyser ses effets sur des personnes malades, notamment sur l'hypertension.
(Source : Isabelle SAGET plantes et santé)
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20 juin 2018

Petite chronique :
La valeur d'un arbre est inestimable... Quoique...
Plusieurs méthodes ont été élaborées pour tenter d'évaluer la valeur monétaire (bien heureusement pas la seule) d'un arbre.
- Celle utilisée dans la charte de l'arbre de la ville de Grenoble est déclinée d'une méthodologie de l'association des ingénieurs territoriaux de France (AITF). Très précise, elle est complexe à présenter de façon synthétique. Avec la valeur 'intrinsèque' de l'arbre, elle permet d'approcher la valorisation des dommages engendrés (troncs, racines...) et d'estimer un préjudice.
- Une autre méthode est utilisée par Bordeaux, plus simple, résultant de la multiplication d'indices (indice de situation, indice sanitaire, indice de circonférence et indice d'espèce)
Exemple d'un micocoulier de 235 cm de circonférence sur un trottoir :

  • Arbre en alignement : indice 4,
  • Bon état sanitaire vigueur moyenne : indice 2,
  • prix unitaire achat : 102 euros,
  • Circonférence : indice 4
  • ce qui nous donne une valeur de l'arbre de 4x2x102x40 = 32640 euros.

- Une méthode anglaise : la méthode Helliwell (Source : William Moore, l'atelier de l'arbre). Combinaison de 7 paramètres (taille, espérance de vie, emplacement dans le paysage, proximité d'autres arbres, relation avec le contexte, formes, paramètres spéciaux), cette méthode tient compte du mode de gestion de l'arbre (de sa forme...) en port libre (= naturel) à très fortement contraint (taille de réduction ou de rapprochement)
Ainsi, les 150 platanes de la célèbre place des Quinconces à Bordeaux ont été évalués suivant les 2 méthodes de gestion. En taille de réduction, les 150 arbres sont estimés à 250 700 euros. En port libre, l'évaluation s'élève à 12 372 480 euros soit presque 50 fois plus !!! Ainsi, la valeur d'un platane conduit en port libre soudainement taillé en réduction passe de 82 400 euros à 1 718 euros. Ce type de taille coûte donc bien plus cher en perte de valeur patrimoniale de l'arbre qu'en frais d'élagage. La taille de réduction n'est donc à utiliser, en dernier recours, que pour des raisons uniquement sanitaires et/ou sécuritaires (et non de courtoisie, d'habitudes...) pour prolonger la vie de l'arbre.
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14 juin 2018

Petite chronique :
Le déficit foliaire est une estimation de la perte en feuillage des arbres (notée de 0 à 100%). Cet indicateur intègre tous les aléas pouvant affecter les arbres.
C'est dans les feuilles, siège de la photosynthèse, que l'eau, les éléments minéraux puisés dans le sol et le dioxyde de carbone (CO2) de l'air, se rencontrent pour former les composés nécessaires à la vie de l'arbre. En cas de diminution du feuillage des arbres, suite à des incidents climatiques (sécheresses, grêles, tempêtes...), à des attaques d'origine animale (insectes...), de champignons, à des problèmes d'alimentation en minéraux ou en eau dans le sol, à des perturbations humaines (tassement des sols, pollutions...), les possibilités de croissance, de reproduction, voire de survie peuvent être affectées.
Le suivi du déficit foliaire représente un outil intéressant pour évaluer l'état de santé des arbres et sa dynamique en réponse aux stress environnementaux jusqu'à un dépérissement éventuel. Utilisé en gestion des forêts, il a permis d'analyser les effets de la canicule de 2003. L'O.N.F. a établi une carte de tendances contrastées sur le territoire entre 1997 et 2009.
Lorsque le déficit foliaire augmente, cela signifie que l'état de santé de l'arbre se dégrade ; au contraire quand il diminue cela traduit une amélioration.
Différents facteurs sont à l'origine des pertes foliaires, mais les principaux paramètres expliquant les variations de déficit foliaire d'une année à l'autre sont liés à l'alimentation des arbres en eau. Généralement ce sont les années suivant des sécheresses pour lesquelles on observe une augmentation du déficit foliaire. Mais il y a des cas où le phénomène est inversé, avec une augmentation du déficit foliaire suivant une année pluvieuse, notamment lorsqu'un engorgement temporaire du sol empêche les racines de respirer.
En moyenne, on observe une croissance moindre en diamètre chez les arbres présentant un déficit foliaire plus élevé. Par rapport à des arbres parfaitement sains, cette diminution est visible dès les premiers stades de déficit foliaire et elle s'accentue en proportion des pertes de feuillage (1% de perte foliaire = environ 1% de perte de croissance).
En ville, nous juxtaposons souvent le retard de mise à feuille d'un arbre et son déficit foliaire par rapport à ses voisins de même variété, pour lancer d'autres investigations.
(Source : L'état du feuillage (ONF))
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8 juin 2018

Petite chronique :

Il est bien noir mais ce n'est pas un arbre qui a subi un incendie. Ce marronnier de la Métropole sur le territoire Grenoblois est probablement victime d'une bactérie au nom de Pseudomonas syringae pathovar aesculi (Psae). On appelle cette affection « le chancre bactérien du marronnier » ou maladie du saignement du marronnier, décellée en Europe de l'Ouest depuis la fin des années 90 et en France dans le Pas de Calais en 2001. L'identification de la Bactérie ne remonte qu'en 2007 et aujourd'hui elle est réputée présente en Picardie, Ile de France, Basse Normandie, Champagne-Ardenne comme en Angleterre, Belgique, Pays Bas, Norvège, Allemagne et Irlande. Elle peut réaliser son cycle à l'extérieur des tissus (sur les feuilles fleurs fruits et le bois) sans conséquence pour le végétal. Sournoise, elle profite d'une ouverture naturelle ou d'une plaie peu importante pour pénétrer les tissus ligneux et se comporter en pathogène alors même que l'arbre est au repos en hiver. Elle progresse en utilisant les vaisseaux conducteurs (phloème et xylème) et détruit les tissus vivants. À l'aplomb des zones nécrosées, les vaisseaux conducteurs sont obstrués. Les parties vivantes tentent de produire des cals de recouvrement ce qui provoque des décolements d'écorce et la bactérie continue ses attaques mettant en défaut les réactions de l'arbre qui le plus souvent est terrassé en quelques années. Les modes de dissémination de la bactérie sont peu connus avec une forte probabilité que la pluie et les éclaboussures soient fortement impliquées. Les analyses pour détermination sont complexes et dans le cas présent s'étaient avérées négatives en 2015. La lutte n'est pas obligatoire mais il semble que la prophylaxie par suppression des individus atteints et à proximité est souhaitable.
Cet arbre sera coupé et remplacé par un sujet d'un autre genre.
(Source : Pierre AVERSENQ Le lien horticole)
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30 mai 2018

Petite chronique :
Plusieurs arbres sont accusés d'être sans coeur par ce qu'ils présentent un bois blanc sur toute la surface d'une coupe transversale de tronc. De ce fait la distinction entre aubier et duramen est difficile à l'oeil. Ces « bois blancs » sont souvent des espèces à pores diffus (comme les hêtres, marronniers, micocouliers, platanes, tilleuls, érables, charmes, aulnes, bouleaux) mais il y a également des résineux (comme les épicéas, sapins pectinés, tsuga) ou encore le frêne en espèce à zone poreuse. Souvent leur aubier compte un grand nombre de cerne, de 14 à plus de 100 ce qui fait que pendant de nombreuses années ils peuvent en effet être dépourvus de coeur, la duraminisation n'ayant pas débuté.
Pour le peuplier accusé également d'être sans coeur, la section transversale du tronc présente bien deux zones : un disque central plus ou moins foncé et un anneau périphérique plus clair. Néanmoins, comme la partie centrale présente une très forte humidité, les professionnels considèrent encore qu'il s'agit de bois mouillé infecté par des bactéries. À l'analyse il n'en est rien. Il y a bien disparition totale de cellules vivantes et chute brutale de réserve en amidon en passant de l'anneau externe à la partie centrale ce qui définit le duramen. Il y a également une augmentation de la teneur en eau de 45% à 55% dans les cernes externes à 60% à 70% dans le disque central. L'eau ne circule pas comme dans l'aubier du bas vers le haut mais sert de réserve. Elle est stockée en période de surplus et relâchée en direction de l'aubier en période de sécheresse. Ce duramen humide permet de mieux résister aux attaques des champignons et bactéries. Ainsi le duramen n'est pas toujours plus sec que l'aubier (c'est également le cas pour les bouleaux) et il faut y regarder à deux fois avant d'accuser d'être sans coeur. Pour les coeurs d'artichaut, c'est une autre histoire...
(Source : Christophe Drénou « L'arbre au-delà des idées reçues »)
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24 mai 2018

Petite chronique :
Il est difficile de trouver même sur internet des articles sur le faux coeur, le bois coloré et le coeur mouillé alors qu'ils sont nombreux sur le vrai coeur (duramen).
- Les faux coeurs sont de vrais coeurs dont la coloration normale (souvent blanc comme l'aubier) est modifiée. Ce changement de couleur est induit par des ouvertures traumatiques, comme le bois d'ailante qui devient jaune après blessure , celui du frêne devenant noir et celui du hêtre rouge. Cependant, la couleur peut aussi provenir du processus naturel de duraminisation comme pour les coeurs rouge du mélèze, du douglas et des pins. Ainsi, l'interprétation des différentes couleurs est particulièrement complexe.
Les qualités technologiques du bois dans le cas des faux coeurs ne sont pas altérées. Une entrée d'air dans le bois par une ouverture induit une oxydation et il n'y a pas de pourriture. La décote s'il y en a une du prix du bois n'est liée qu'à l'esthétique recherché et à un effet de mode. Le terme de faux coeur est utilisé pour les arbres dont l'aubier et le duramen de même couleur sont difficiles à distinguer visuellement.
- Le « bois coloré » touche à la fois l'aubier et le duramen. La coloration est liée à la compartimentation quand des agents pathogènes franchissent l'écorce. L'arbre met en place ses quatre barrières de substances antiseptiques et le bois change de couleur de part et d'autre des blessures en formant des colonnes irrégulières et discontinues de bois coloré. Contrairement au faux coeur, ce bois coloré est susceptible de s'altérer et de pourrir.
- Enfin, le coeur mouillé est une maladie provoquée par une infection bactérienne qui provoque la décomposition des glucides et autres composants de la sève. La fermentation engendrée génère des gaz sous pression qui forcent le liquide à s'écouler par les fissures de l'écorce. Marronniers, érables, peupliers et ormes y sont sensibles. Les arbres atteints sont plus vulnérables aux pathogènes mais il ne faut surtout pas tenter de drainer le liquide car on constate alors une pourriture accélérée des tissus.
Ces quelques lignes trop nombreuses se voulaient un préambule pour évoquer un arbre que l'on a longtemps cru sans coeur mais ce sera pour une prochaine chronique.
(Source : Christophe Drénou « L'arbre au-delà des idées reçues »)
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17 mai 2018

Petite chronique :
Nous pourrions penser que la formation de duramen (bois de coeur) n'est que la conséquence de la mort des cellules de l'aubier mais il n'en est rien. C'est un processus couteux en énergie pour l'arbre. Les vaisseaux sont bouchés, des substances nutritives sont réacheminées vers l'aubier, certaines sont transformées en composés antiseptiques comme les tannins, gommes et résines. Ce n'est qu'après cette période de métabolisme intense que les cellules de parenchyme finissent par mourir. Le processus se produit cellule après cellule ce qui fait que le duramen ne suit pas les limites des cernes. Suivant la direction du rayon choisi et suivant la hauteur dans le tronc, le nombre de cernes du bois de coeur peut varier fortement. Une fois constitué, le duramen, bois complètement mort, ne consomme plus aucune énergie. Sa formation permet d'adapter la quantité d'aubier à la surface foliaire disponible. Sa fonction de support mécanique est moins importante que celle de l'aubier soumis aux forces de tension et de compression les plus importantes. Moins attrayant que l'aubier pour certains pathogènes car les substances nutritives sont peu concentrées et moins accessibles, il est recherché par les menuisiers et charpentiers qui commandent des pièces exemptes d'aubier. Toutefois, mis à l'air libre par une plaie, il finit néanmoins par se décomposer sous l'action des champignons, insectes et oiseaux. Le tronc se creuse alors en cheminée.
(Source : Christophe Drénou « L'arbre au-delà des idées reçues »)
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11 mai 2018

Petite chronique :
Il est souvent affirmé que les arbres à croissance lente forment du bois plus dense et donc plus résistant, mais cet adage intuitif sur de nombreux sujets ne se vérifie pas. Nous avions évoqué très succinctement la composition du tronc dans la chronique du 7 avril 2017 sans s'aventurer à l'échelle des conduits de sève brute situés dans l'aubier. Certaines espèces de feuillus fabriquent de gros vaisseaux au printemps ce qui permet de bien distinguer les cernes de croissance annuels. On les appelle feuillus à zones poreuses. D'autres, tout au long de la saison de végétation élaborent des vaisseaux de dimensions à peu près identiques, ce sont les arbres à pores diffus. Enfin, les résineux n'ont pas de vaisseaux mais des trachéides dont les diamètres très petits varient peu. Néanmoins, leur membrane fine en début de cycle s'épaissit avant l'hiver et permet ainsi de discerner les cernes. Ces différentes constitutions subordonnent le transfert de sève (les tubes de gros diamètre sont plus efficaces pour le transport et le stockage de l'eau) et la résistance à l'embolie qui ne seront pas mon propos d'aujourd'hui.
Pour les arbres à zone poreuse, la zone pourvue de gros vaisseaux (entendons nous, c'est de l'ordre de 60 à 800 microns alors que les pores diffus sont de l'ordre de 16 à 160 microns suivant les essences et les trachéides de résineux de 55 microns) comprend plus de vides (occupés par de l'eau ou de l'air que la zone de fin de croissance en fin de saison).
Autre élément à prendre en compte pour la densité du bois, la fabrication de bois initial (début de croissance au printemps) et de bois final (en fin de cycle).
Les arbres à croissance lente vont avoir des cernes moins développés que des individus de la même variété soumis à des conditions plus favorables.
Chez les résineux il est constaté (hors quelques exceptions comme le mélèze et le douglas) un déficit en bois initial par rapport au bois final lorsque les cernes sont étroits. Ainsi, les résineux à croissance lente sont plus denses que ceux à croissance plus rapide car la proportion de membrane par rapport aux vides est plus importante. Notre adage intuitif est donc vérifié.
À l'inverse, pour les arbres à zones poreuses, le bois initial reste de largeur constante et c'est le bois final qui est concerné par la réduction d'épaisseur du cerne. Ainsi, un chêne à croissance lente aura plus de bois initial léger et sera moins dense qu'un même sujet à croissance rapide.
Et qu'en est-t-il des feuillus à pores diffus me direz-vous ? Je vous répondrai que je ne sais pas. En effet il n'existe pas de règle de comportement général, le hêtre se comportant par exemple comme les résineux.
(Source :Christophe Drénou « L'arbre au-delà des idées reçues »)
Voir le planning d'intervention sur les arbres de la semaine.

3 mai 2018

Petite chronique :
On dit que les arbres sont immobiles hors les balancements passifs de leurs branches dans le vent mais vous savez que si les mouvements sont lents ils existent néanmoins. Ainsi, avec des films en accéléré on voit comment une racine se dirige sous terre avec sa « tête chercheuse ». Grace à certaines cellules (statocystes) contenant de petits granules d'amidon qui roulent quand la plante bouge, le végétal détecte son inclinaison et peut y répondre diversement comme en provoquant un arrêt de croissance en longueur, une mortalité de bourgeons ou encore un redressement des axes comme nous l'avons déjà évoqué. Ce phénomène est très visible sur les troncs redressés avec des cernes de croissance beaucoup plus larges d'un côté que de l'autre (à l'intérieur de la courbure pour les feuillus qui génèrent des forces de tension, à l'extérieur pour les résineux qui travaillent en compression.)
Ainsi les arbres ne cessent de se rééquilibrer pour s'adapter aux sollicitations externes (vent, tuteurage, etc.). Les cellules du bois s'allongent ou se contractent en permanence et jouent ainsi le rôle de haubans ou de vérins.
Pour revenir au film sous terre, on voit la radicelle avancer comme un vers par à-coups. Elle ralentit, s'arrête, relève son extrémité la pointant à gauche puis à droite et repart dans une nouvelle trajectoire, écartant des agrégats ou empruntant une fissure. Des recherches sont en cours pour essayer de comprendre les processus biologiques sous-jacents mais si l'on sectionne la pointe d'une racine, celle-ci cesse de se diriger et s'allonge de façon continue et linéaire.
(Source : L'arbre Au-delà des idées reçues de Christophe Drénou)
Voir le planning d'intervention sur les arbres de la semaine.

26 avril 2018

Petite chronique : taille de formation 2
J'avais promis de revenir sur les tailles de formation et c'est un sujet qui pourrait assurer de nombreuses chroniques car chaque essence nécessite une approche spécifique et la programmation des travaux dépendra de la forme de l'arbre adulte souhaitée comme de la hauteur sous couronne nécessaire (gabarit).
Aussi j'en resterai une fois de plus aux généralités, ce qui, j'en suis conscient, va frustrer ceux d'entre vous qui souhaiteraient connaître les secrets de la taille de leur abricotier.
Pour grossir, le tronc met à contribution toutes ses branches. Ainsi il a été mesuré sur deux clones de peuplier plantés en même temps à proximité l'un de l'autre une différence de 32% de circonférence du tronc à 10 centimètres du sol au bout de 6 ans. Le premier auquel toutes les branches à partir du collet avaient été maintenues mesurait 75 centimètres de circonférence à cette hauteur quand le second dont les branches avaient été supprimées sur 1m60 de hauteur (ce qui n'est pas beaucoup) ne mesurait que 51 cm. Couper rapidement les branches basses peut déclencher des apparitions de rejets en réaction et augmente le coefficient d'élancement du tronc (hauteur totale sur diamètre à 1.30m du sol). On sait que plus ce coefficient est faible plus l'arbre est trapu et les risques de casse minimisés. Les sylviculteurs veillent à maintenir par leur méthodes culturales des coefficients inférieurs à 75 pour les jeunes peuplement de résineux et le maintiennent à 60 pour les arbres âgés afin de limiter les risques de casse. Au-delà d'un coefficient de 100 le risque de chablis est fort.
En dehors des parcs il est rare en ville de ne pas être obligé d'accompagner les arbres dans leur croissance pour les adapter à l'espace. Sur un sujet en bordure de voirie choisi pour se développer en forme libre il faudra l'aider à construire un tronc haut et relativement droit afin de sélectionner des charpentières au minimum 1,50 mètre au-dessus de la hauteur réelle à dégager pour les bus et poids lourds. C'est donc dans ce cas à 6 mètres que les premières charpentières pourront se développer au-dessus de la voirie. Pendant une dizaine d'année les gestionnaires auront à supprimer patiemment et progressivement toutes les branches du houppier temporaire au-dessous de ces 6 mètres. Ce travail doit être réfléchi au regard de la variété. Ainsi il ne faudrait pas couper une cime fléchie qui va se redresser ou au contraire une fourche apicale qui naturellement est vouée à s'affaisser. Il faut intervenir sur les branches temporaires avant que leur diamètre n'atteigne un cinquième de celui du tronc pour permettre un meilleur recouvrement d'écorce. Dans de nombreuses circonstances, la diminution de longueur de ces branches basses est une bonne alternative à leur coupe. Elle ralenti leur développement maintenant le rapport des diamètres branche/tronc inférieur à 1/5. Cela permet de supprimer d'autres branches mal insérées, plus hautes et plus vigoureuses tout en maintenant une bonne surface foliaire pour alimenter le tronc. Cette diminution de vigueur de branche se fait en arboriculture ornementale par pincement en vert (coupe en été de la pousse non encore aoûtée en extrémité de branche) et par des coupes au-dessus d'un rameau court. Autrefois, sur les arbres fruitiers conduits en formes architecturées étaient pratiqués les crantages, incisions annulaires, inclinaisons (avec poids accrochés aux branches), « mouchages » (qui consistent à froisser ou supprimer des feuilles)... afin de diminuer la vigueur de branches sans les supprimer favorisant ainsi la mise à fruits.
(Source : Jac BOUTAUD « La taille de formation des arbres d'ornement»)
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17 avril 2018

Petite chronique :
La plupart des Grenoblois connaissent le tilleul de Sully qui trône à Saint-Martin du Vercors depuis 1597. Le surintendant aux finances du roi Henry IV, s'intéresse à l'agriculture, qui est alors l'activité la plus productrice de richesses. Afin de développer la production il libère l'exportation des grains et du vin d'une province à l'autre (ce qui était généralement mal vu à l'époque où par crainte de la disette on ne voulait pas se priver d'une production locale). Ce célèbre ministre nous a laissé sa maxime : « labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée » mais également des arbres. Il en fait planter des quantités, généralement destinés à ombrager les chemins du royaume qu'il avait fait remettre en état, mais plus probablement, dans le cas de Saint-Martin, afin d'abriter les réunions publiques, coutume en usage au XVIe siècle.
Quelques années avant sa naissance, en 1552, un roi précédent, Henri II, avait déjà demandé par ordonnance la plantation d'arbres (des ormes) le long des « voiries et grands chemins publics» pour produire du bois de « charronnage » à des fins militaires.
Développées à l'échelle du territoire national, ces plantations au bord des routes se sont généralisées au XIXe siècle. Ces « promenoirs » d'envergure nationale ont fait la fierté des Ponts et Chaussées. Alors qu'au début du XX e siècle les deux tiers des routes étaient arborés, certaines régions de France ont perdu 90% de ce patrimoine en quelques décennies. Sur les routes nationales, les alignements occupaient 50% des bords de voirie en 1950 et seulement 12% en 1975. Je passerai sur tous les débats sécuritaires des dernières années. Les espaces riverains et dépendants des voiries représentent en France 5000 km2 soit l'équivalent de la superficie cumulée des parcs nationaux. Tout en respectant des distances de sécurité, ces espaces présentent beaucoup d'opportunités pour planter des arbres de manière réfléchie. La gestion des arbres a un coût mais la durée de vie des chaussées peut être sensiblement augmentée par un ombrage estival notamment dans le sud de la France, et en hiver par des plantations côté nord.
(Source : Le Génie de l'arbre de Bruno Sirven)
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6 avril 2018

Petite chronique : taille de formation
Nous avons évoqué le mode d'édification du tronc puis celui de mise en place de tous les axes de l'arbre conformément à l'architecture hiérarchisée du houppier programmée dans les gênes de chaque espèce. Nous pourrions penser que nous avons de bons outils pour engager la taille d'un arbre et notamment sa taille de formation. Bien d'autres notions comme la vitalité, l'allocation des réserves que nous n'avons pas évoquées dans nos chroniques, peuvent nous aider. Néanmoins, malgré l'évolution des connaissances scientifiques, les pratiques de taille sont principalement issues de l'empirisme, avec la probabilité de produire les effets escomptés d'autant plus grande qu'elles seront appliquées à des cas proches des situations sur lesquelles elles ont été mises au point.
L'art du jardin et de l'horticulture s'est construit par expérimentations et transmis au fil des générations au pied de l'oeuvre mais également par quelques guides majeurs.
Bon nombre d'explication physiologiques du fonctionnement d'un arbre ne débouchent toujours pas sur des pratiques parce qu'elles restent trop générales. Concernant la taille, savoir scientifique et savoir empirique sont encore très distants l'un de l'autre même si, pour les arbres forestiers et fruitiers, des établissements de recherche sont investis sur le sujet, ce qui n'est pas le cas pour l'arbre urbain ornemental.
Bien que Jeanne MILLET nous invite à la prudence énonçant 15 bonnes raisons de ne pas tailler un arbre, il est en ville souvent indispensable d'effectuer les tailles pour le préparer à sa forme d'arbre adulte souhaitée au regard du lieu de plantation. Avant d'engager une taille de formation d'un arbre transplanté, il est nécessaire d'assurer un diagnostic de reprise dynamique. Sur un lot d'arbres homogène avant transplantation, plusieurs cas de figure peuvent se présenter de comportement des individus après cette transplantation.
Des sujets peuvent être dépérissant, d'autres en attente, et certains peuvent présenter une reprise plus ou moins hiérarchisée.
-Inutile de tailler un arbre dépérissant. Ce dépérissement se traduit par la mortalité de certaines parties du houppier et une très faible croissance des rameaux encore vivants.
-Sans mortalité d'axes, le sujet peut présenter une très faible croissance de la plupart de ses tiges. Il est dit en phase d'attente, phase transitoire qui peut évoluer après quelques années vers un redémarrage de croissance ou vers un dépérissement. Là encore il est fortement conseillé d'attendre avant toute intervention.
-Les sujets peuvent présenter une croissance importante des branches basses et moindre des axes du haut du houppier. La hiérarchie est fortement contrariée. Il est encore recommandé d'attendre pour ne pas priver l'arbre d'un potentiel photosynthétique.
-Peu perturbé par la transplantation, l'arbre peut présenter une croissance normalement hiérarchisée avec un développement plus important au sommet du houppier. Toutefois, le plus souvent la restauration de ce gradient vertical décroissant d'allongement se fait progressivement avec une croissance plus forte en bas du houppier ou en partie médiane.
La taille de formation peut commencer quand la croissance est au moins médiane avec suffisamment de rameaux longs. Nous y reviendrons dans une prochaine chronique.
(Source : Jac BOUTAUD « La taille de formation des arbres d'ornement»)

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29 mars 2018

Petite chronique :
Comment une bactérie a favorisé la présence d'un arbre chinois aux Etats Unis avec l'aide d'un botaniste explorateur Hollandais? La bactérie en question, Erwinia amylovora, est Américaine. Lorsque les colons ont importé le poirier Européen cette prédatrice des Rosacés (rosiers, pommiers, aubépines, poiriers) s'est mise au travail sur ce nouvel arrivant sans méfiance. Erwinia a assailli les vergers d'Amérique au début du XXe siècle et les a « consumés ». Elle est appelée communément « feu bactérien » car les feuilles et les tiges sont noircies et recroquevillées. Près de 90% des récoltes ont été perdus. Le directeur de l'organisme responsable des affaires agricoles a chargé en 1916 l'explorateur, Franck MEYER, de rassembler les collections les plus importantes possibles d'espèces et variétés Chinoises de poiriers, espérant que l'hybridation du poirier Européen avec des espèces Asiatiques pourrait rendre les vergers Américains plus résistants. Avant de se noyer dans le Yang-Tsé Kiang en naviguant vers un nouveau lieu de collecte, Meyer a envoyé aux Etats Unis de pleins sacs de graines en vantant les aptitudes de ces arbres à prospérer dans toutes sortes de sol. Certaines variétés se sont révélées un peu résistantes au feu bactérien et ont été utilisées comme porte-greffe pour beaucoup d'autres poiriers. Dans les années 1950, le besoin de jolis arbres à croissance rapide pour embellir les banlieues en expansion a conduit à la sélection d'un individu en raison de sa floraison printanière et de son feuillage rouge en automne, pour servir à la multiplication de clones destinés à l'ornement. En raison de la grande dispersion de ses graines par les oiseaux et de sa grande tolérance à tous types de sols et de climats, Pyrus calleryana s'est aujourd'hui tellement propagé aux États-Unis qu'il y est désormais considéré comme une espèce invasive. Il existe de nombreux cultivars tels que « Bradford » (poirier de Bradford, le plus répandu), « Capital », « Chanticleer », « Red spire », « Aristocrat », « Autumn Blaze », « Cleveland Select », « Fauriei » ou « Whitehouse ». Les quatre premiers sont les plus résistants au feu bactérien et font donc de meilleurs porte-greffes pour les variétés de poires sensibles telles que la passe-crassane.
Bradford, a un port très érigé qui le rend intéressant en zone urbaine aux espaces de développement contraints, mais du fait de sa ramification anguleuse, il est également assez fragile et résiste mal aux tempêtes de neige ou aux grands vents. De plus, sa durée de vie ne dépasse pas 25 ans, c'est pourquoi on lui préfère désormais des variétés plus résistantes.
Sur le territoire de Grenoble nous avons des Pyrus calleryana Chanticleer notamment en alignement de voiries dans le quartier Vigny-Musset.
(Source : David G. HASKEL« Ecoute l'arbre et la feuille »)

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22 mars 2018

Petite chronique :
Nous avons évoqué il y a deux semaines les principaux modes de développement du tronc, axe d'ordre 1.
Aujourd'hui c'est de l'auto-construction de l'ensemble de la structure d'un arbre tout au long de sa vie dont il va être question. Son plan de construction est inscrit dans ses gênes. La mise en oeuvre est influencée par les conditions de l'environnement. Toutefois ces influences externes ne changent pas l'ordre d'apparition des phases de développement qui caractérisent la maturité de l'arbre. La maturité de l'arbre et ses capacités d'évolution liées, ne se déterminent pas au regard de sa grandeur ou de son âge. Cette maturité se lit sur son architecture qui nous instruit sur la phase de développement atteinte. Les exemples ne manquent pas d'arbres très stressés montrant une sénescence prématurée pour une taille très nettement inférieure à la taille habituelle de l'essence adulte.
Nous pouvons caractériser jusqu'à 9 stades de développement mais le plus souvent en diagnostic forestier on en utilise 5 (plantule, jeune plant, jeune arbre, arbre adulte et arbres sénescent) alors qu'en ville les trois derniers sont principalement employés.
Pendant la première partie de sa vie, le développement de l'arbre est de plus en plus important avec des pousses chaque année plus longues que celles de l'année précédente. Ce développement se complexifie également en nombre d'axes. Il arrive à un maximum de complexification puis dans la seconde partie de sa vie les nouvelles poussent sont de moins en moins longues et l'architecture se simplifie comme nous allons tenter de l'expliquer en profitant d'un schéma de Jeanne Millet :

Au stade plantule, l'arbre construit son tronc. Aux deux stades suivants de jeune plant et de jeune arbre, il concentre l'essentiel de son énergie à cette construction du tronc mais aussi de la ramure. Le jeune plant développe des rameaux, axes d'ordre 2, alors que sur le jeune arbre ces axes d'ordre 2 deviennent des branches qui elles-mêmes portent des rameaux, axes cette fois d'ordre 3. Certaines essences s'arrêtent à cette complexité (frênes par exemple), d'autres vont jusqu'à présenter des ramilles axes d'ordre 4 (chêne pédonculés), 5 (platane), voir 7 (cyprès de Provence).
Au stade jeune arbre, le taux de croissance du tronc atteint des records et les premières fleurs apparaissent au sommet des axes d'ordre 3. Il se produit alors un changement de mode de fonctionnement. L'arbre est en capacité d'assurer sa descendance, il a établi la totalité de son « unité hiérarchisée » et le mouvement s'inverse. Bien sûr il continue de grandir mais son taux de croissance et le degré de ramification diminuent. Il met fin à l'allongement de son tronc et fourche. Cette première fourche maîtresse montre aisément que le sujet a atteint ce stade d'arbre adulte. (Ceux qui établissent leur tronc en mode « solo » ou « fort de tête » ne fourchent pas et la lecture de ce changement de phase est moins évidente).
Ces fourches maîtresses bien qu'inclinées, vont se développer comme un tronc, avec toutes les catégories d'axes caractéristiques de l'espèce. Elles vont constituer le houppier définitif alors que les premières branches d'ordre 2 qui ont poussé sur le tronc au-dessous de ces fourches font partie du houppier temporaire. Aucune d'entre ces dernières n'est suffisamment pérenne pour faire partie du houppier de l'arbre adulte. Les premières charpentières issues de la fourche du tronc et de dimensions très similaires entre elles vont fourcher à leur tour après quelques années et plus l'arbre va vieillir plus les nouveaux axes vont fourcher rapidement dans le temps. Le nombre de pousses latérales va diminuer, les fleurs seront de plus en plus nombreuses et proches les unes des autres car la longueur des pousses sera de plus en plus faible.
Enfin, le dernier stade de vie de l'arbre est « l'arbre sénescent ». Les fourches sommitales meurent sans remplacement par des bourgeons latents. On assiste à une « descente de cime ».
Source : « Le développement de l'arbre » Jeanne MILLET

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15 mars 2018

Petite chronique :
Il est courant dans la profession d'affirmer ne pouvoir excéder une suppression de plus de 30% du houppier des arbres lors d'une opération de taille sous peine d'induire une pousse importante de rejets. Cette règle a été édictée à partir d'observations des réactions d'arbres à tronc unique sur lesquels les branches du bas étaient élaguées artificiellement dans le but de produire du bois de qualité. Il est évident pour tous que supprimer 30% du houppier en coupant les branches du bas qui poussent le moins vite, n'aura pas le même effet que couper 30% de la cime, éliminant les branches les plus exposées à la lumière et donc les plus productives.
L'arbre est un système complexe composé d'une multitude d'axes hiérarchisés qui fonctionnent de façon intégrée dans un tout. Une partie de l'arbre est brisée par les intempéries et l'ensemble de l'arbre s'en ressent. Il ajuste sa croissance de manière à pallier le manque.
L'arbre a besoin de l'ensemble de ses parties et toute taille représente un traumatisme. Lorsque la perte de branches est modeste, il utilise ses axes en place pour combler le déficit de photosynthèse et donc d'alimentation. Lorsque la perte est grande, plus fortement déstabilisé il produit des rejets. Pour cela il puise dans ses réserves ce qui le rend plus vulnérable à d'autres traumatismes.
Eliminer l'extrémité du tronc qui est encore en phase de construction suffit à détruire le centre organisationnel du sujet. L'arrêt de production d'hormones libère de l'inhibition de développement les branches sous-jacentes. Il se produit un changement significatif dans l'orientation de la force de croissance. Il arrive que de jeunes arbres ne se remettent jamais complètement d'une taille. Un grand nombre de rejets qui se partagent la plus forte croissance modifient la structure du sujet et le maintien en forme de boule.
Aussi, quel pourcentage de houppier pouvons-nous enlever à un arbre, 15%, 20%, 25% ?
Toute taille rendue obligatoire pour l'adaptation au site doit être réalisée après analyse de la phase de développement de l'arbre et dans le respect de son organisation. Les effets sont cumulatifs. Pendant plusieurs années l'arbre est en phase de rétablissement au cours de laquelle il reconstitue ses réserves. Ainsi, une taille légère de 10% l'année N risque fortement d'induire des rejets abondants si l'année N-1 25% du houppier a été supprimé.
Source : « Le développement de l'arbre » Jeanne MILLET

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8 mars 2018

Petite chronique :
À l'occasion de la première chronique inspirée par la conférence de Francis Hallé « un arbre tout neuf », j'avais évoqué l'architecture des arbres. Bien qu'il soit difficile d'en vulgariser les concepts en quelques lignes, je vais tenter l'exercice en deux chroniques complémentaires avec l'appui du dernier ouvrage de Jeanne Millet et de ses schémas. Avant que les feuilles apparaissent et nous cachent cette construction des arbres je vous livre quelques éléments simplifiés pour vous permettre une analyse.
L'arbre est avant tout programmé génétiquement pour pousser de façon hiérarchisée et comme dans toute hiérarchie, il y a un « leader ». Chez le jeune arbre, le « leader » est le tronc. Il pousse plus vite en longueur comme en diamètre et a une plus longue durée de vie que les branches qu'il porte. Les fonctions premières du tronc sont de supporter l'ensemble de la structure de l'arbre, de favoriser l'accès de ses feuilles à la lumière et la dispersion de ses graines.
Jeanne Millet évoque trois modes principaux de construction du tronc des arbres de régions tempérées.
-Elle qualifie de « montée en solo » le premier.
C'est le plus simple et rapide. La tige s'allonge année après année, alternant une pousse de printemps-été avec un repos hivernal protégé par le bourgeon apical.. Cela concerne les arbres de pleine lumière comme le peuplier, le bouleau noir, le frêne d'Amérique ou encore le sapin et l'épicéa.

-La seconde façon de construire un tronc est nommée « montée à relais » ; elle caractérise de nombreux érables, le frêne vert, le frêne à fleurs. À intervalle de temps régulier, la tige principale meurt sans bourgeon apical, deux bourgeons axillaires se réveillent donnant des pousses qui font la course pour l'une se redresser et continuer le tronc, l'autre dominée s'affaisser et devenir une branche.
Ce mode d'édification du tronc concerne des arbres qui poussent à l'ombre et recherchent plus rapidement à étendre leur feuillage latéralement à la recherche de puis de lumière. Ce mode de croissance prends plus de temps que la « montée en solo ». Au bout d'un nombre variable d'années le tronc de certains arbres peut fourcher les deux pousses relais constituant des axes dominants par rapport aux branches. Ces deux « nouveaux troncs » reproduiront le mode de développement initial.

-Enfin, la troisième façon de construire un tronc, mise en oeuvre par le tilleul à petites feuilles, le hêtre ou le sapin du Canada est la « montée inclinée ». Comme la « montée à relais » elle offre la possibilité de changer de forme et est utile aux arbres qui poussent à l'ombre. Au bout de quelques années la tige principale ne meurt pas mais s'incline. C'est alors un bourgeon axillaire situé au niveau de la courbure qui prend le relai pour édifier le tronc.
Ces prises de relai se font sur des axes de petit diamètre et ne sont pas visibles sur les arbres adultes dont le tronc parait rectiligne.

D'autres modes d'édification du tronc intermédiaires existent chez les arbres des régions tempérées mais sont moins fréquents. Un qui me semble important à citer est celui mis en oeuvre par les ormes et les platanes. Ils connaissent chaque année la mortalité de l'extrémité de tous leurs axes. Les bourgeons relais se mettent très vite en fonctionnement et maintiennent une grande hiérarchie de développement, de telle sorte qu'un oeil non averti pourrait penser à un mode de développement en solo.
Connaitre les principes hiérarchiques de développement des différents arbres permet au gestionnaire d'éviter des erreurs de taille et de choix d'implantation. Des enseignements sur la longévité des sujets peuvent également en être tirés et nous reviendrons sur le sujet avec les stades de développement.
(Source : Jeanne MILLET « Le développement de l'arbre »)

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1er mars 2018

Petite chronique :
Des champignons protègent les arbres contre les métaux lourds mais aussi contre des bactéries et autres champignons pathogènes. Pour cela ils entrent en compétition pour la consommation de matières organiques et ressources hydrominérales. Ils sont aidés dans cette compétition par les apports nutritifs que leur prodiguent la plante mycorhizée. Certains, comme les lactaires par exemple, peuvent produire des substances antibiotiques. Ces substances exsudées à la moindre blessure protègent des organismes, petits animaux du sol ou attaques microbiennes qui s'aventurent près des racines. Les mycorhizes favorisent également le passage dans le sol des molécules toxiques produites par les plantes et ce jusqu'à une dizaine de centimètres des racines. Ainsi, la symbiose mycorhizienne protège aussi bien des toxiques du sol que des pathogènes.
D'autres organismes participent à ces luttes d'influence. Au sein de la rhizosphère (portion du sol entourant la racine et dont les caractéristiques sont influencées par elle) existe un microbiote comprenant 100 à 1000 millions de bactéries par gramme de sol.
Il y a les pathogènes et celles qui améliorent la croissance des plantes. Leurs modes d'action sont multiples entre alimentation et protection. Certaines produisent des analogues d'hormones végétales qui modifient le développement et le fonctionnement des racines. D'autres solubilisent des ressources minérales (phosphate, fer...). D'autres encore transforment l'azote atmosphérique en protéines. Evoquer les arbres ou les plantes capables de fixer l'azote pour enrichir les sols, les « légumineuses », si nourrissantes pour l'homme comme pour le bétail, c'est une usurpation d'honneurs au bénéfice de ces plantes. Ce sont les centaines de millions de bactéries présentes dans les nodosités racinaires (petits renflements blancs-rosés autour des racines) qui dans une symbiose complexe permettent cette capture. Dans un sol stérile, pas de formation de nodosités autour des racines de petits poids qui auront une croissance bien plus faible que dans un sol non stérile. C'est pourquoi les Romains, les Incas, les Chinois... utilisaient des plantes de la famille des Fabacées (soja, pois chiche, lentilles) dans leurs cultures.
Les microbes de la rhizosphère peuvent également stimuler en partie aérienne les défenses immunitaires de la plante qu'ils colonisent au niveau des racines.
Source : « Jamais seuls » de Marc-André SELOSSE

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23 février 2018

Petite chronique :
Nous avions évoqué l'an dernier les échanges symbiotiques des champignons et des arbres, les champignons ayant la capacité d'extraire les sels minéraux de la roche et d'augmenter la capacité d'absorption d'eau alors que la plante transforme par photosynthèse les éléments puisés en sucres. Les mycorhizes peuvent également protéger les racines des toxines du sol. Certains champignons rejettent activement les métaux lourds toxiques comme le cadmium, le césium ou le plomb. D'autres les bloquent dans la vacuole en les séquestrant sous forme inoffensive pour l'hyphe mais pas pour celui qui consomme le champignon (Rappelez-vous l'interdiction de consommation des champignons après la catastrophe de Tchernobyl).
Le calcium peut perturber fortement la nutrition des plantes et les conduire à la « chlorose » (décoloration qui atteste de la mauvaise nutrition). Beaucoup de plantes calcicoles ont des membranes cellulaires adaptées ou rejettent activement le calcium hors des racines mais la plupart se font aider par un champignon qui s'interpose entre le sol et les racines et gère la toxicité. Le champignon rejette vers l'extérieur les ions calcium qui entrent dans ses cellules et il peut également les immobiliser dans le sol autour de lui sous forme de cristaux d'oxalate de calcium par sécrétion d'un petit acide organique d'oxalate. Aussi, beaucoup de plantes sont « symbi calcicoles ». La plantation d'Eucalyptus grandis montre une croissance presque nulle sur sol calcaire et 7 fois plus importante pour un plan mycorhizé. Sur sol acide, elle est normale sans mychorizes et deux fois plus importante pour plans mychorizés.
(Sources : « Jamais seul» de Marc-André Selosse)
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15 février 2018

Petite chronique :
Francis Hallé nous questionne sur le nombre d'organes de l'arbre. L'être humain a une dizaine d'organes bien individualisés avec chacun une fonction, comme les reins, le coeur, le foie... Les plantes, dont les arbres, n'ont que trois organes: les feuilles, les tiges et les racines. Même les fleurs et les fruits font partie de ces organes. Les arbres n'ont que trois organes mais possèdent toutes les fonctions que nous avons, voir d'autres. Ils n'ont pas de squelette mais se tiennent droit, pas de poumons mais ils respirent, pas de coeur mais la circulation des sèves irrigue l'ensemble, pas d'appareil digestif mais sans bouche ni intestin, mangent, digèrent et éliminent des déchets. Les plantes n'ont pas d'oeil mais dans une boite noire se dirigent vers un petit trou de lumière, pas d'oreille mais des centres récepteurs d'ondes sonores (vérifiez sous « youtube » la danse du desmodium gyrans déclenchée par de la musique forte), pas de nez mais sont sensibles aux odeurs, pas de cerveau mais de la mémoire. Des études en cours tentent de montrer que les arbres sont sensibles aux marées et à l'arrivée des séismes. Ils pourraient ainsi servir d'alerte dans quelques années. Comment peuvent-t-ils avoir autant de fonctions avec si peu d'organes? Toutes ces fonctions sont décentralisées au niveau des cellules. L'animal centralise des fonctions dans des organes vitaux spécialisés dont la perte entraine sa mort, alors que l'arbre n'a pas d'organe vital mais des cellules totipotentes. Aussi il est beaucoup plus difficile de le tuer bien que la tronçonneuse soit une arme redoutable. Si vous faites une culture de cellules animales vous obtenez un tissu de cellules. Si vous procédez de même avec des cellules de plante, en peu de temps vous obtiendrez une plante. Ce mode de reproduction in-vitro est utilisé pour des productions en grande quantité de plantes destinées à la vente qui ont des cycles de germination longs. La totipotence cellulaire confère aux arbres une résilience que les animaux mobiles n'ont pas.
(Source : conférence Francis Hallé)
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8 février 2018

Petite chronique :
Jeudi 25 janvier, le lycée horticole de Saint-Ismier recevait pour une conférence, Francis Hallé. Docteur en biologie et Docteur en botanique, monsieur Francis Hallé, défenseur de la forêt primaire a consacré sa vie à la compréhension des arbres. Auteur de nombreux ouvrages et coréalisateur du film « il était une forêt » ce spécialiste en écologie des forêts tropicales humides a participé au développement de la connaissance du fonctionnement des plantes et s'efforce de partager avec le grand public celle-ci.
Au cours de ces conférences (à travers la France) il évoque les arbres coloniaires et la totipotence des plantes, sources d'inspiration pour deux chroniques.
Les arbres se développent selon 24 modèles mathématiques connus aujourd'hui (architecture des arbres) et se classent en deux grands types, les arbres unitaires comme les sapins, les araucarias, et les arbres coloniaires comme la plupart des feuillus. La durée de vie de ces derniers est très importante alors que celle des arbres unitaires est plus courte. L'arbre unitaire se caractérise par un tronc et des étages de branches horizontales sans aucune réitération. L'arbre coloniaire a des branches qui se redressent et qui ressemblent comme une reproduction, à l'arbre lui-même. Le plus vieil arbre à un âge estimé à 43000 ans et Francis Hallé évoque un peuplier en Amérique qui aurait environ 80000 ans. En réalité il faut considérer ces arbres comme des colonies de clones et non comme un seul individu. Nous avions évoqué les « réitérations », nouveaux arbres qui poussent sur des branches ou le tronc, non pas à partir d'une graine mais d'un bourgeon dormant. Nous les appelons « rejets » ou « gourmands » quand ils partent du tronc ou d'une branche, « drageons » quand ils partent d'une racine. Le nom de gourmand évoque le fait qu'ils se développent en hémiparasites comme le gui, alimentés en eau et en éléments minéraux par l'arbre support. Une fois développés, nous sommes tentés de dire « mais c'est une branche ». Il n'en est rien, ce sont de nouveaux individus qui tissent un réseau de racines sous l'écorce, descendent le long de la branche et du tronc pour atteindre le sol et ainsi permettre à cette réitération d'être autonome et de vivre après la disparition de la tige principale si sa stabilité est assurée. Dans les forêts primaires, il n'est pas rare de voir des arbres issus de bourgeons dormants alignés sur un tronc en décomposition tombé au sol. Sur la photo jointe

nous voyons les racines d'un rejet qui ont profité de l'humus formé dans un tronc creux de bouleau verruqueux. Les chercheurs se sont aperçus que les génotypes des axes issus de bourgeons dormants peuvent varier alors qu'ils sont tous issus de la même graine initiale. Cette variabilité leur permettrait de s'adapter aux changements de leur biotope comme les variations climatiques.
Ceux qui comme moi n'ont pu assister à cette conférence peuvent la regarder sur internet : https://www.youtube.com/watch?v=Vd0QWIG2Q_g
Semaine prochaine nous évoquerons la dernière partie de son intervention sur les organes.
Voir le planning d'intervention sur les arbres de la semaine.

31 janvier 2018

Petite chronique :
Durant de longs siècles, depuis l'invention de l'agriculture sédentaire, l'arbre était intégré dans la majorité des systèmes de production associant les potentialités de la nature à l'ingéniosité des paysans.
Aujourd'hui, les pratiques intensives de l'agriculture industrielle ont pu se passer des services de l'arbre en ayant recours à des moyens technologiques extrêmement sophistiqués (fertilisants, produits phytopharmaceutiques, drainage des terres, irrigation des cultures) en disposant d'une énergie abondante et bon marché : le pétrole.
Cette séparation entre arbres et espace agricole a bouleversé des paysages et des pratiques basées sur la complexité des milieux. L'arbre généreux (bois de chauffage, fourrage, ombre, protection des vents...) devient gênant, un adversaire de l'agriculture. Il empêche de travailler les parcelles et entre en compétition avec les productions. Cet important « arbricide » du XX e siècle n'est pas étranger à la disparition de 421 millions d'oiseaux des champs dans les campagnes européennes en moins de 30 ans. (Déclin, allant jusqu'à 90 %, enregistré chez des espèces aussi communes que la perdrix grise, l'alouette des champs, le moineau et l'étourneau).
D'autres phénomènes pernicieux comme aux Etats Unis l'érosion éolienne subit par des plaines du Middle West couvertes de prairies au XIX e siècle et mises en culture au début du XX e. Exposés à la sécheresse entre 1920 et 1930, leurs sols dénudés ont été dégradés par les vents et les tempêtes de poussière leur ont donné le nom de Dust Bowl ou « cuvette de poussière ». Il est également évoqué que cette perte d'arbres champêtres, la compaction des sols par les labours profonds, et la forte diminution de la microfaune de ces sols ont diminué la capacité d'infiltration et de stockage de l'eau augmentant ainsi l'importance des inondations en amont de Paris ces derniers jours. (Attention toutefois aux simplifications hâtives. Il y a eu beaucoup d'inondations avant l'agriculture intensive et l'histoire de Grenoble en atteste; les précipitations ont été très importantes sur un mois; l'artificialisation des sols 9% au niveau national (5.1 millions d'ha) et sa progression en espaces périurbains gagnés par l'urbanisation favorise le ruissellement au détriment de la capacité de stockage des sols.)
En créant une mosaïque agraire par l'aménagement de talus, murets, fossés, en organisant la présence d'arbres champêtres, l'agriculture avait patiemment au cours des siècles favorisé une biodiversité foisonnante. Les 1400 chercheurs qui ont participé au programme d'évaluation des écosystèmes pour le millénaire, commandé par l'O.N.U., ont unanimement affirmé que la biodiversité est indispensable à l'agriculture, afin qu'elle puisse user de ses services écosystémiques et agroécologiques (bioprotection, biorégulation, bioépuration...). Elle a besoin d'organismes vivants non directement productifs mais nécessaires au fonctionnement de l'agrosystème.
(Sources : « Le Génie de l'arbre » de Bruno Sirven, Ecology Letters du 3 novembre 2017)
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25 janvier 2018

Introduit dès l'antiquité du Moyen-Orient à Rome, le platane d'Orient, (platanus orientalis) n'a été exporté vers la France et la Grande Bretagne qu'à la Renaissance. Peu après, vers 1620, le platane Américain (P. occidentalis) a été introduit en Grande Bretagne par le botaniste Tradescant et les deux espèces ont eu l'opportunité de s'hybrider. Pendant deux siècles, espèces pures et hybrides divers ont été cultivés dans différents pays européens, y compris la France où Buffon pour le compte de Louis XV introduisit tout un assortiment de platanes dans quelques jardins prestigieux comme le jardin des plantes de Paris.
Dès le début du XIX e siècle les représentants de l'espèce américaine ont été décimés par l'anthracnose, maladie à laquelle ils sont extrêmement sensibles. Les hybrides ont résisté et ont largement proliféré constituant les populations de notre platane commun appelé successivement platanus x acerifolia puis platanus hybrida ou hispanica. Ce type d'arbres aux origines multiples a montré une grande plasticité, un bon comportement face aux parasites foliaires et également un fort pouvoir de compartimentation pour limiter les attaques de champignons lignivores. Aussi, il fut abondamment planté au XIX e siècle par effet de mode. Il réussit même à détrôner dans le midi le micocoulier de Provence et l'orme, essences dominantes à cette époque.
L'avenir de ces platanes communs s'est fortement assombri après l'introduction en Europe du champignon Ceratocystis fimbriata f sp.platani, agent de la maladie du chancre coloré. Transporté vers la fin de la deuxième guerre mondiale avec les caisses en bois de platane malade qui emballaient le matériel des troupes américaines. Le parasite est resté latent pendant près de 15 ans mais ensuite, lentement puis plus rapidement, la maladie s'est disséminée dans toute l'Italie, la Suisse et le sud de la France qui déjà en 2013 comptait plus de 50000 sujets morts.
Aucun traitement capable de stopper une infection même débutante, n'a pu être trouvé à ce jour et les arbres les plus vigoureux sont tués en moins de 5 ans. Le champignon pénètre dans l'arbre à la faveur d'une plaie (taille, tranchage de racine, choc de véhicule), par les greffes de racines ou par pénétration racinaire en milieu liquide comme le long du canal du midi. Il se développe à l'intérieur des vaisseaux conducteurs de xylème et entrave le transit des flux.
Plusieurs études ont tenté de mesurer le temps de persistance du champignon dans le sol, probablement de l'ordre de 5 ans suivant les conditions d'humidité.
Le parasite avait été décelé dès 1929 aux Etats Unis et s'était rapidement répandu sur toute la côte est occasionnant de considérables destructions et des sources de résistance avaient été mises en évidence dans le Mississipi par un chercheur de l'USDA (ministère états-unien de l'Agriculture), F.I. McCracken.
En 1990, une collaboration des chercheurs de l'Inra de Montpellier et de Montfavet (Avignon), et en particulier de l'équipe dirigée par André Vigouroux, avec le Dr. McCracken a permis l'identification et l'exploitation de sources de résistance naturelle. N'étant pas acclimatés aux conditions de nos régions, les arbres américains ont dû être hybridés avec des platanes de l'espèce orientale afin de recréer un arbre semblable à notre platane commun qui possède déjà de nombreuses qualités (rusticité, rapidité de pousse...). Des milliers de graines hybrides ont été obtenues et 10 000 plants ont été cultivés et testés. Pour cela, un test standard d'inoculation a été mis au point pour estimer rapidement la sensibilité de chaque plant. Une première vague de 2 000 hybrides soumis à la sélection (3 inoculations successives du champignon, la dernière étant racinaire) a ainsi abouti en 2001 à une vingtaine de plants prometteurs, plus de dix ans après l'introduction des premières boutures américaines. La poursuite des travaux a mis en évidence, en 2004, une seule variété de platane résistante : PLATANOR (R) Vallis clausa, protégé par COV (certificat d'obtention végétale) au niveau européen. Ce platane est aussi nettement résistant à l'anthracnose et, à un certain degré, à l'oïdium et au tigre.
En 1990, plus de 6000 platanes ornementaient le territoire de la ville de Grenoble dont un nombre important planté entre 1850 et 1910. Les responsables du service Espaces Verts sensibles au risque de dissémination de la maladie avaient dans le cadre de la réalisation d'un plan de gestion proposé de diminuer ce fort pourcentage de platanes au sein du patrimoine à l'occasion des renouvellements en proscrivant le recours à cette essence. Une exception à cette orientation a été consenti après mure réflexion pour le renouvellement des platanes de l'ancien cours St André, devenu cours Jean Jaurès et cours de la Libération et du Général de Gaulle. En effet, l'aspect historique et le développement de cette avenue sur trois communes avec un souhait de maintenir une unité a prévalu. Aujourd'hui il reste 4705 platanes sur le territoire Grenoblois sur les 31380 arbres de notre base de données.
Compte tenu de la tradition de gérer les arbres en régie nous étions moins exposés à la contamination que d'autres villes où le travail est confié à entreprises. Néanmoins un premier cas de chancre coloré a été décelé à la suite de travaux de terrassement il y a quelques années. Un second cas a été diagnostiqué fin 2017 sur le cours de la Libération, contraignant la Métropole propriétaire des arbres de voirie, à couper par mesure prophylactique tous les platanes dans un rayon de 35 mètres. Ces mesures obligatoires vont être appliquées à partir du 19 février, de part et d'autre du no 104 cours de la Libération et du Général de Gaulle. Le protocole des travaux validé au niveau national s'impose aux propriétaires pour éviter des contaminations.
La zone ne sera pas replantée immédiatement. Une période d'observation de plusieurs années est nécessaire pour vérifier que d'autres cas ne se déclarent pas, la maladie se déclarant dans les 3 à 7 ans. Nous souhaitons également vérifier que les platanes résistants, plantés à l'occasion des travaux de la ligne E du tram, ne déclarent pas la maladie, ce qui nous permettrait éventuellement d'en utiliser pour le remplacement...
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17 janvier 2018

Petite chronique :
Savez-vous ce que nous appelons balais de sorcière dans la profession?
Plus qu'une longue description, une fois n'est pas coutume, une photo assurera la démonstration :
Pin d'Alep de Christophe Drénou.
Ces gros nids ont l'apparence de buissons hirsutes vus de près. Un bourgeon ayant subi une mutation génétique ou parasité par un champignon produit une pousse atypique avec des feuilles anormales et une ramification anarchique. La longévité de cette pousse est faible mais lui permet de produire d'autres pousses identiques à sa base qui à leur tour généreront d'autres pousses jusqu'à obtention de tels amas de rameaux enchevêtrés. Ces formations ne sont pas dangereuses pour les arbres et ne constituent pas des signes de dépérissement. Toutefois leur prise au vent et leur poids peuvent entrainer des ruptures de branche notamment sur le sapin pectiné. On raconte que les sorcières les enfourchaient pour leurs danses nocturnes. Les pépiniéristes les utilisent afin de les greffer sur des porte-greffes compatibles pour obtenir des arbustes prostrés. Le service Espaces verts avait d'ailleurs proposé à un pépiniériste au début de ma présence au service d'utiliser pour cet usage une telle mutation présente sur le cèdre du parc Michallon.
(Sources : « L'arbre, au-delà des idées reçues » de Christophe Drénou)
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11 janvier 2018

Petite chronique :
Nous avons évoqué les forêts et les haies et j'aimerais évoquer l'agroforesterie. On dénombre en France plusieurs centaines de milliers d'hectares d' « arbrements » agroforestiers intra parcellaires en activité mais on ne compte plus les espaces qui leur étaient autrefois dévolus abandonnés ou reconvertis en de grandes parcelles ouvertes. Aujourd'hui, l'agroforesterie consiste à disposer de manière relativement lâche des arbres variés au sein de parcelles vouées à la production agricole (végétale, animale et parfois mixte) sans nuire à leur exploitation. Par le passé, les chênaies, châtaigneraies ou encore oliveraies caractérisaient des régions. Au milieu du XIXeme siècle, les noyeraies connaissent un fort développement notamment dans le Dauphiné en aval de Grenoble après l'invasion du phylloxéra (1870-1885) et l'arrachage des ceps de vigne. Pourtant, déjà dans son rapport sur la production du Dauphiné en arbres fruitiers (1728-1730), l'inspecteur Boutillier écrit : « La vallée de l'Isère, depuis les environs de Moirans jusqu'à Saint-Lattier présente une végétation caractéristique. Les deux versants de la rivière sont couverts de plantations de noyers. La voie ferrée qui va de Grenoble à Valence s'enfonce à travers une épaisse forêt de noyers. Les routes et les chemins en sont bordés... Partout l'arbre robuste étend ses larges branches et couvre les champs de son ombrage. » Comme la plupart des fruitiers le noyer est polyvalent car il donne des fruits, du bois et leurs dérivés. Dans ce système traditionnel les variétés sélectionnées pour le fruit étaient greffées sur des variétés sélectionnées pour le bois et conduits en haute tige afin de récolter le fût et la « culée » appréciée par les ébénistes. Entre les arbres l'espace est maintenu ouvert par le pâturage ou la mise en culture. Le fruit frais ou sec est un appoint alimentaire tout au long de l'hiver et l'huile de noix connue pour ses vertus alimentaires était particulièrement adaptée à l'éclairage par des lampes à combustion. L'arrivé de l'électricité et la concurrence d'autres régions nucicoles du monde on conduit à une diminution importante des noyeraies mais 2000 hectares subsistent dans les deux principales régions Françaises. Les nouvelles plantations que nous pouvons découvrir sont plus serrées et destinées à la récolte du fruit uniquement.
(Sources : « Le Génie de l'arbre » de Bruno Sirven, Internet)
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5 janvier 2018

Petite chronique :
Nous avons évoqué les forêts et les haies et j'aimerais évoquer l'agroforesterie. On dénombre en France plusieurs centaines de milliers d'hectares d' « arbrements » agroforestiers intra parcellaires en activité mais on ne compte plus les espaces qui leur étaient autrefois dévolus abandonnés ou reconvertis en de grandes parcelles ouvertes. Aujourd'hui, l'agroforesterie consiste à disposer de manière relativement lâche des arbres variés au sein de parcelles vouées à la production agricole (végétale, animale et parfois mixte) sans nuire à leur exploitation. Par le passé, les chênaies, châtaigneraies ou encore oliveraies caractérisaient des régions. Au milieu du XIXeme siècle, les noyeraies connaissent un fort développement notamment dans le Dauphiné en aval de Grenoble après l'invasion du phylloxéra (1870-1885) et l'arrachage des ceps de vigne. Pourtant, déjà dans son rapport sur la production du Dauphiné en arbres fruitiers (1728-1730), l'inspecteur Boutillier écrit : « La vallée de l'Isère, depuis les environs de Moirans jusqu'à Saint-Lattier présente une végétation caractéristique. Les deux versants de la rivière sont couverts de plantations de noyers. La voie ferrée qui va de Grenoble à Valence s'enfonce à travers une épaisse forêt de noyers. Les routes et les chemins en sont bordés... Partout l'arbre robuste étend ses larges branches et couvre les champs de son ombrage. » Comme la plupart des fruitiers le noyer est polyvalent car il donne des fruits, du bois et leurs dérivés. Dans ce système traditionnel les variétés sélectionnées pour le fruit étaient greffées sur des variétés sélectionnées pour le bois et conduits en haute tige afin de récolter le fût et la « culée » appréciée par les ébénistes. Entre les arbres l'espace est maintenu ouvert par le pâturage ou la mise en culture. Le fruit frais ou sec est un appoint alimentaire tout au long de l'hiver et l'huile de noix connue pour ses vertus alimentaires était particulièrement adaptée à l'éclairage par des lampes à combustion. L'arrivé de l'électricité et la concurrence d'autres régions nucicoles du monde on conduit à une diminution importante des noyeraies mais 2000 hectares subsistent dans les deux principales régions Françaises. Les nouvelles plantations que nous pouvons découvrir sont plus serrées et destinées à la récolte du fruit uniquement.
(Sources : « Le Génie de l'arbre » de Bruno Sirven, Internet)
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21 décembre 2017

Petite chronique :
Dans les différentes normes relatives à l'utilisation de bois dans le bâtiment il est fait état du taux d'humidité souhaité du bois afin de limiter les phénomènes de retrait (fentes, voilement...) et les attaques par les champignons. Pour ces dernières un taux d'humidité du bois inférieur à 20% est préconisé alors que pour les éléments en bois lamellé collé utilisés dans des bâtiments chauffés les normes font état d'une exigence de 10% + ou - 3%. Ce taux est le rapport de la masse d'eau contenue dans le bois et de sa masse sèche. Les différentes techniques de séchage naturelles ou forcées sont destinées à limiter ce taux d'humidité.
Concernant l'arbre vivant on parle de teneur en eau, soit la masse d'eau par rapport à la matière fraîche et non plus par rapport à la masse sèche.
Chez l'homme, la teneur en eau est en moyenne pour un adulte de 65% soit 45 litres pour un individu de 70 kilogrammes. Qu'en est-t-il pour l'arbre? Nous avons vu que de grandes quantités d'eau transitent des racines vers les feuilles pour évaporation et qu'une partie est recombinée par photosynthèse mais que la sève élaborée est très visqueuse. En effet, pour 100 litres d'eau puisée dans le sol, environ 98 litres sont rejetés dans l'atmosphère, principalement par les feuilles. Ce flux permet de concentrer les éléments minéraux du sol, de réguler la température de l'arbre et surtout de ne pas désamorcer la pompe. Alors, quelle teneur en eau affichent ces grands monuments qui avant tout sont du bois, soit des cellules mortes? En moyenne une teneur un peu plus faible que nous mais néanmoins de 50% pour un arbre en feuilles (soit un taux d'humidité de 100%). La répartition de cette eau est variable. Elle peut représenter de 80% à 90% dans les feuilles et les radicelles et 30% à 50% dans le duramen. L'aubier se situe entre les deux avec des teneurs de 45% à 65%.
À quoi sert cette eau? Elle est indispensable à la fabrication des cellules et à leur agrandissement (la turgescence). Les cellules des tiges et des racines peuvent multiplier leur volume initial par plus de 10 et celles des fruits par 100. Les réserves en eau logées dans les racines et le tronc peuvent être mobilisées en périodes de déficit hydrique.
(Sources : Christophe DRENOU « L'arbre au-delà des idées reçues »)
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14 décembre 2017

Petite chronique :
L'arbre est fragile malgré ses apparences de monument inerte. Ses parties vivantes sont très peu protégées. Les racines fines affleurent la surface du sol et les cellules vivantes du bois se situent juste sous l'écorce. Un simple clou enfoncé d'un centimètre, une blessure sur l'écorce, n'importe quelle tranchée à proximité du tronc ainsi que toute taille mal conduite sont des actes traumatisants, des portes ouvertes aux maladies et un affaiblissement général de l'organisme. L'arbre en ville est en milieu hostile. Aussi, Francis Hallé propose à l'intention des décideurs dix commandements pour les arbres dans son ouvrage « Du bon usage des arbres. Un plaidoyer à l'attention des élus et énarques » (Actes Sud). Je reprendrais le premier et le dernier de ces conseils :
« -Les arbres sont des êtres vivants, aussi vivants que vous ou moi. Mieux : ils sont nos protecteurs. Accordez-leur le respect auquel ils ont droit en tant qu'êtres vivants et ne les traitez jamais par le mépris comme s'ils n'étaient que du mobilier urbain...
-Aimer les arbres est une autre façon d'aimer l'homme. Aimez vos arbres et vous aurez la satisfaction de constater que vos concitoyens vous en témoigneront de la gratitude. »
Parmi les actes de respect nous pouvons citer l'interdiction de publicité sur les arbres (article L581-4 du code de l'environnement), interdiction qui comprend les monuments historiques ou inscrits, les monuments naturels dans les sites classés, les réserves naturelles et les coeurs des parcs nationaux.
D'autres dispositifs législatifs de protection existent au niveau du code rural, du code civil, du code de l'Urbanisme, comme le classement en Espaces Boisés Classés (EBC) qui peut s'appliquer à un seul sujet remarquable, Les périmètres de protection des monuments historiques, les Sites Patrimonial Remarquable (SPR, règlement Aire de mise en Valeur de l'Architecture et du Patrimoine AVAP), La nouvelle loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité : « Les allées d'arbres et alignements d'arbres qui bordent les voies de communication constituent un patrimoine culturel et une source d'aménités, en plus de leur rôle pour la préservation de la biodiversité et, à ce titre, font l'objet d'une protection spécifique. Ils sont protégés, appelant ainsi une conservation, à savoir leur maintien et leur renouvellement, et une mise en valeur spécifiques.
Le fait d'abattre, de porter atteinte à l'arbre, de compromettre la conservation ou de modifier radicalement l'aspect d'un ou de plusieurs arbres d'une allée ou d'un alignement d'arbres est interdit, sauf lorsqu'il est démontré que l'état sanitaire ou mécanique des arbres présente un danger pour la sécurité des personnes et des biens ou un danger sanitaire pour les autres arbres ou bien lorsque l'esthétique de la composition ne peut plus être assurée et que la préservation de la biodiversité peut être obtenue par d'autres mesures. »
(Sources : Christophe DRENOU « L'arbre au-delà des idées reçues », Francis Hallé)

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8 décembre 2017

Petite chronique :
Le lichen n'est pas un parasite. Souvent présent sur les vieux arbres qui poussent peu ou qui dépérissent, il n'en est pas la cause mais plutôt la conséquence. Les écorces à très faible croissance lui donnent le temps de s'installer. Les lichens ne prélèvent aucune substance aux arbres et ils peuvent vivre sur des rochers ou des murs. Ce sont des organismes résultant d'une symbiose entre un champignon et des algues. Le champignon capte les minéraux présents dans les eaux de pluie ou sous forme de poussières véhiculées par le vent tandis que le Co2 atmosphérique nécessaire à la photosynthèse est prélevé par les algues. Comme les mousses, les lichens sont des pionniers capables de coloniser des espaces inertes et de préparer le terrain pour l'installation future d'autres plantes. On en dénombre plus de 20000 espèces. Utiles pour la pharmacie, la parfumerie et la teinturerie ils sont récoltés en grande quantité et représentent une biomasse totale considérable qui joue un rôle non négligeable dans l'épuration de l'air et le stockage du carbone. Les lichens sont des indicateurs de bonne qualité de l'air et certains sont devenus très rares, présents plutôt en montagne. La parmélie grise fit longtemps figure d'exception tenant tête à cette pollution et aux pluies acides. Reconnaissable à son allure de feuille plate avec ses ramifications en forme de bois de cerfs gris-vert mat elle compte encore parmi les lichens les plus communs. Toutefois, l'eutrophisation croissante (apport important de nutriments par l'air) ne lui réussit pas et elle tend à son tour à disparaître. Aussi, il est temps de laisser les lichens sur les écorces. Ils abritent tout un cortège de champignons microscopiques, d'insectes et de larves qui font l'affaire de nombreux prédateurs et ils rendent les écorces si belles.
(Sources : l'arbre Au-delà des idées reçues de Christophe Drénou, Le Génie de l'arbre de Bruno Sirven, La vie au coeur de la forêt de Peter Wohlleben)

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29 novembre 2017

Petite chronique :
Vous pouvez commencer à déceler dans des pins des cocons soyeux gros comme un ou deux poings. Ce sont les abris pour l'hiver de chenilles. Depuis une trentaine d'année la Chenille processionnaire du pin, Thaumetopoea pityocampa est installée dans la région grenobloise.
Chaque femelle de ce papillon nocturne pond environ 150 à 300 oeufs sur les jeunes pousses des pins. D'où naissent 5 à 6 semaines plus tard des colonies de petites chenilles qui se nourrissent des aiguilles de ces arbres. En grossissant, pour se protéger elles s'équipent de "miroirs", sortes de poils irritants qu'elles projettent tels des harpons quand elles se sentent menacées. Ces poils sont munis de "dardillons" et contiennent une substance nécrosante. Ils se fichent dans la peau et les muqueuses des êtres humains ou des animaux qui osent s'approcher de trop près, créant des réactions assez violentes d'irritation, voire des nécroses de parties sensibles. Dans certains cas, comme pour les chiens ou les chats, cela peut conduire à une amputation d'une partie de la langue.
Dès l'automne les chenilles se regroupent pour former ces nids soyeux dans lesquels elles s'abritent par temps froid, mais elles continuent à se nourrir en sortant les nuits où la douceur est suffisante.
Au mois d'avril au moment de la foire des Rameaux à Grenoble (parfois déjà en mars) ces chenilles descendent le long des troncs en longues processions pour aller s'enterrer (de 5 à 20cm dans le sol) à quelques mètres de l'arbre. Elles peuvent se déplacer jusqu'à une quarantaine de mètres pour trouver une zone terreuse ensoleillée. C'est au cours de cette migration, que ces chenilles représentent un danger pour l'homme et pour les animaux domestiques.
Chaque chenille se transforme alors dans le sol en chrysalide qui donnera naissance à un paillon au cours de l'été suivant.
La ville de Grenoble déploie plusieurs méthodes de lutte complémentaires pour limiter les populations de ce parasite.
Nous favorisons l'installation des ennemis naturels de ce parasite, notamment par la pose de nichoirs pour les mésanges qui dévorent les chenilles.
Nous posons aussi en début d'été des pièges à phéromones (d'infimes parties d'une phéromone sexuelle que produit la femelle) pour capturer les papillons mâles qui sont les premiers à sortir de terre. En capturant un très grand nombre de mâles, il est possible de diminuer le taux de fécondité des femelles et donc le nombre d'oeufs pondus. Toutefois cette méthode de lutte n'est pas suffisante. Elle permet néanmoins des comptages réguliers des mâles piégés pour déterminer les périodes de "grand vol" et donc les dates de ponte des femelles afin d'optimiser les interventions suivantes avec le Bacille de Thuringe.
Le Bacille de Thuringe est une bactérie européenne indigène, parasite spécifique des jeunes larves de papillon. Elle se fixe dans le tube digestif des jeunes chenilles et produit une toxine mortelle. Nous procédons à deux pulvérisations au mois de septembre espacées de 15 jours pour plus d'efficacité. Certains lieux sont inaccessibles et des chenilles peuvent ne pas être touchées par cette pulvérisation grande hauteur.
Aussi une troisième méthode de lutte curative est employée, l'échenillage manuel. C'est un procédé délicat qui demande un personnel très bien entrainé et équipé (combinaisons spéciales, gants, lunettes). Il consiste à grimper dans les arbres pour couper les rameaux et les mettre dans des sacs poubelle avec les nids. Ces sacs sont brûlés dans les fours d'Athanor. Les agents de l'équipe d'élagage ont commencé ce travail mi-novembre cette année en parallèle de leurs chantiers de taille.
Enfin, pour parfaire cette lutte, un peu plus de 80 pièges de descente sont positionnés sur des pins difficilement accessibles ou situés dans des zones sensibles (crèches, écoles). Ces pièges consistent en une sorte de goulotte ceinturant le tronc de l'arbre, en dessous des branches les plus basses, et qui va conduire les chenilles vers un sac.
À l'intérieur du sac se trouve un substrat qui fait croire à la chenille qu'elle se trouve en terre. Elle commence donc sa métamorphose. Quelques semaines après la migration, il n'y a plus que des chrysalides immobiles dans ces sacs et il suffit alors de les ramasser et de les incinérer.
Cette lutte bien réalisée n'est jamais définitive. Les papillons mâles et femelles peuvent voler respectivement jusqu'à 25 km et 3 km. Aussi tous les propriétaires de pins doivent lutter contre ce parasite. Si l'on assiste à une « procession » il faut éviter de s'approcher, pousser au jet d'eau les chenilles vers une bouche d'égout lorsque c'est possible.
Il existe également la chenille processionnaire du chêne, également très urticante et pouvant déclencher des réactions d'allergie. Cette chenille est peu présente dans notre région.
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23 novembre 2017

Petite chronique :
Qu'en sera-t-il des récoltes de graines forestières cette année? L'an passé les conditions climatiques ont été défavorables à la fructification et la quantité de graines récoltée sur l'exercice 2015-2016 a été inférieure à 100 millions alors que la moyenne de récolte des dix dernières années est de 280 millions.
Cet été, l'Institut national de recherche en sciences et technologie pour l'environnement et l'agriculture (Irstea) qui dépend du Ministère de l'agriculture et de l'alimentation a publié son enquête annuelle de « récoltes et flux de graines » dans le cadre du suivi des ressources génétiques forestières. Cette enquête est menée auprès des entreprises récoltantes et importatrices (marchands grainiers et pépiniéristes, y compris l'ONF), soit une trentaine d'entreprises assurant la quasi-totalité de l'activité de la filière « graines forestières ».
Cette enquête est menée sur les essences réglementées soit 31 de feuillus et 28 de résineux. Les collectes sont réalisées dans des « vergers à graines et des peuplements porte-graines français admis en catégorie qualifiée et testée »
Cette faible récolte induit une baisse des disponibilités en semences pour approvisionner les pépiniéristes (185000kg soit 822 millions de graines, la quantité la plus basse depuis 10 ans) et une diminution des stocks.
Avec un total de 30,6 millions de graines au total, tous les feuillus sont en baisse sauf les chênes pédonculés et sessiles qui ont bénéficié de bonnes fructifications et ont été largement récoltés. À l'inverse, à cause d'une absence de fructification des peuplements de hêtres, aucune graine n'a été récoltée. Toutefois les stocks ont été suffisants pour faire face à une demande décroissante.
Côté des résineux, ce sont 62,53 millions de graines qui ont été récoltées. Les différences sont également importantes entre une quantité récoltée de graines de pin maritime en légère augmentation et celle de l'épicéa commun presque nulle avec des récoltes de 2,5 kg, en passant par le douglas vert très faible (140 kg) mais dont les stocks de début de campagne 1800 kg représentaient environ 4 fois les besoins annuels.
Après deux années consécutives d'augmentation (2013/2014 et 2014/2015), les récoltes de graines sont en baisse. Les utilisations en France continuent de décroitre depuis quatre ans et les stocks de fin de campagne sont en légère baisse tout en restant relativement importants. Parmi les échanges, 60 millions de graines ont été importées et 40 millions exportées.
(Source : Rapport Irstea de juillet 2017)
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16 novembre 2017

Petite chronique :
Nous avons évoqué les forêts, les arbres seuls et les bosquets mais aujourd'hui je vais évoquer les haies.
Une trame végétale à la surface d'un territoire modifie considérablement la distribution des flux comme leau, l'air et aussi la fluidité écologique. Lorsque des arbres font partie de ce tissage du territoire, ces effets biophysiques sont amplifiés par la hauteur et le pourcentage arboré. L'effet corridor, ou de couloir, exprime la liaison entre deux lieux, protégée par un tunnel végétal suffisamment large. Cette liaison concerne surtout les linéaires comme les haies et les bandes boisées dans lesquelles les espèces se déplacent à couvert.
L'effet barrière décrit le phénomène inverse. Longitudinalement elle crée un couloir, transversalement un obstacle entre deux espaces, utilisé à lorigine en agriculture pour protéger les espaces cultivés de la faune et du bétail.
L'effet de lisière vient nuancer cet effet de barrière. Dans le cas d'ensembles poreux, la transition d'un côté à lautre est progressive et la lisière matérialise le contact, le passage d'un milieu fermé au milieu ouvert. La richesse biologique de la haie est d'autant plus importante que cette haie est pluristratifiée, c'est-à-dire composée de plusieurs étages, les strates arborée, arbustive, herbacée, muscinale (les mousses) et intermédiaire (lianes). L'ourlet herbacé sur l'extérieur, qui peut être fauché, permet à la faune de prendre le soleil, de se dégourdir ou de se sécher. En bordure de lieux d'eau la haie est bénéfique à la faune aquatique. La diversité floristique de la haie est à l'origine de nombreuses chaînes alimentaires où chaque espèce est tour à tour prédatrice et proie. On peut y trouver de 10 à 20 espèces doiseaux, autant de mammifères, 40 à 60 espèces d'araignées, plusieurs centaines d'espèces d'insectes, des dizaines de pollinisateurs...
Ces haies qui structurent les grands paysages (qui nont pas subi de remembrements) sont donc indispensables à l'épanouissement et au renouvellement de la faune sauvage.
En ville dense, elles génèrent des sentiments d'insécurité, de rupture du champ de vision. La richesse faunistique crée des appréhensions, craintes des serpents, des rats, notamment lorsque les merles ou les moineaux fouissent les feuilles au sol.
(Sources : Le Génie de l'arbre de Bruno Sirven)
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9 novembre 2017

Petite chronique :
Au coeur de la réserve de biosphère de Yasuni dans l'ouest de l'Equateur, point chaud de la biodiversité et réserve ethnique des Waoranis, David G. Haskell a grimpé un kapokier = fromager, arbre majestueux émergeant au-dessus de la canopée. Le long du tronc et au sein du houppier il a rencontré des centaines d'espèces végétales épiphytes, orchidées, broméliacées, philodendrons des mousses qui poussent comme des algues filamenteuses en plein océan. Il faut dire qu'il pleut presque toutes les trois heures et qu'il tombe 3,5 mètres d'eau par an. Chaque broméliacée peut accumuler quatre litres dans les interstices à la base de ses feuilles : autant de minuscules mares où de reproduisent les grenouilles. Dans un hectare de forêt, les broméliacées épiphytes retiennent cinquante mille litres d'eau, volume concentré pour l'essentiel sur les branches des plus grands arbres. Les feuilles qui tombent s'accumulent sur les branches et dans les anfractuosités pendant des décennies, constituant un terreau favorable à l'enracinement d'autres arbres dans cette couronne, de plantes grimpantes, de fougères. La faune est également extrêmement riche, colibris, aras, tangaras, barbacous... une quarantaine d'espèces aviaires en quelques branches. Des abeilles, des fourmis, des moustiques, des serpents cohabitent dans une soupe aérienne de spores bactériennes et fongiques. La forêt regorge de champignons et de chenilles dont les plantes doivent se prémunir. Aussi elles sont riches en alcaloïdes et autres toxiques. Néanmoins, un seul hectare de forêt peut héberger soixante mille espèces d'insectes, ce qui représente un milliard d'individus, dont la moitié ne fait rien d'autre que manger les plantes et se reproduire. La diversité et l'abondance des champignons et bactéries n'ont pas été chiffrées mais elles sont tout aussi prodigieuses. La rareté d'une espèce végétale ou des substances de défense qu'elle synthétise constitue un atout pour se dérober à cette cohorte d'assaillants. Cela explique la diversité végétale.
Ces richesses de l'ouest de l'Amazonie, au Nord Est de la république de l'Equateur se superposent à d'énormes réserves pétrolières en sous-sol. En 2007, le président Corréa proposa à la communauté internationale de financer le développement économique durable du pays à hauteur de la moitié de la valeur du pétrole pour cesser son exploitation et l'aménagement de la forêt qui va de concert. Ce fut un échec. Pourtant, les réserves mondiales connues de combustibles fossiles sont trois fois plus importantes que la quantité que nous pourrions brûler sans dépasser la limite du réchauffement visée. En août 2013, le même président a donné des autorisations d'exploitation. De la cime des fromagers les torchères sont visibles et les engins de forage audibles. Les pistes d'accès lacèrent la forêt. Des colons occupent des bandes de 10 km de large de chaque côté de ces routes. Les Amérindiens Waorani sont donc contraints de traverser une zone de vingt kilomètres de large pour aller d'une partie à l'autre de la réserve. Cette route constitue ainsi un important facteur de fragmentation écologique.
Je vous invite à admirer sur internet les merveilleux Lepidothrix coronata et autres espèces rares et originales de cette réserve.
(Sources : « Ecoute l'arbre et la feuille » de David G. Haskell)
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3 novembre 2017

Petite chronique :
Est-ce le froid qui endort les arbres ?
Nous avons évoqué pour la chute des feuilles le rôle de la longueur du jour, des gênes, des enzymes et des hormones. Au niveau physiologique de l'arbre dans sa globalité il y a trois sortes de vie ralentie, la dormance, la quiescence et la dominance apicale. La dormance survient avant l'apparition de conditions défavorables alors que la quiescence est une réponse directe à des conditions défavorables. La dominance apicale, indépendante du froid, est l'inhibition des bourgeons axillaires sous-jacents par un bourgeon apical.
L'arbre se prépare à la dormance dès la fin de l'été, élaborant des feuilles sans pétiole, atrophiées, très courtes et épaisses. Ce sont les écailles qui vont protéger les bourgeons du gel et de la dessiccation. Sous ces écailles, les cellules se divisent intensément pour préparer la pousse du printemps. La diminution de la durée du jour entraine la cessation de cette activité en même temps que la chute des feuilles. Si la baisse des températures est assez régulière et progressive, l'arbre s'endurcit en transformant l'amidon stocké en fin d'été en sucres solubles qui ont un pouvoir antigel. La quantité de froid accumulée au cours de l'hiver lève petit à petit la dormance. Sans froid, le débourrement de fruitiers qui nous sont communs comme le pommier et le pêcher s'avère difficile, ce qui empêche la culture de ces essences dans des régions sans hiver marqué. Dès le retour de la chaleur les bourgeons vont s'ouvrir, les fleurs printanières s'épanouir. Ainsi, des rameaux de pommier coupés en février et mis en vase à l'intérieur vont généreusement fleurir alors qu'il n'y a pas de signe de printemps à l'extérieur. C'est par ce que dehors les conditions ne sont pas favorables, aussi les arbres sont passés de la dormance à la quiescence. Il faudra attendre l'augmentation de la durée des jours et des températures pour que l'activité cellulaire reprenne et que les pousses préformées l'année précédente s'allongent et fassent éclater les bourgeons.
Le froid va également déclencher des phénomènes de vernalisation, processus par lequel certaines plantes acquièrent la capacité reproductive, de germination pour la graine ou de fleurissement. Une exposition durable au froid hivernal empêche l'expression d'un gêne bloquant la capacité de fleurir. C'est un tout autre phénomène bien connu des horticulteurs et agriculteurs, indispensable aux plantes bisannuelles et aux céréales d'hiver pour arriver à épiaison.
(Sources : l'arbre Au-delà des idées reçues de Christophe Drénou)
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27 octobre 2017

J'hésite entre rédiger une chronique sur les arbres ou à évoquer le fleurissement de la ville.
En effet, hier étaient réunis dans le salon d'honneur de l'hôtel de ville plus d'une centaine de nos concitoyens pour célébrer l'embellissement et la végétalisation de la ville. Monsieur le Maire et les élues présentes ont pu constater la fierté et le plaisir de chacun d'oeuvrer à l'amélioration du cadre de vie de tous pour le rendre plus agréable. Quelques lauréats de ce concours des maisons et balcons fleuris nous ont fait part des échanges sociaux induits par ce fleurissement (participation à l'entretien et à l'arrosage des voisins notamment pour se relayer en période de vacances, conseils, photos...). Les membres des jardins partagés et vergers collectifs transpiraient, comme à l'accoutumé, leur passion pour ce jardinage urbain, social, fait d'échanges avec les scolaires et les passants. Il y avait Madame « Mandarine » fière de ses 92 ans mais aussi Elie très sage pour ses 57...jours et le doyen, notre poète Jean-Edouard MICHEL, fidèle entre tous depuis le premier concours qui avait fait la une de la presse quand à 93 ans il avait fait fuir un agresseur à coups de canne. Parmi les fidèles je dois également citer Mme FORONI, Présidente d'Union de Quartier qui dépense depuis de nombreuses années beaucoup d'énergie pour nous aider (membre du jury, distribution de bulletins d'inscription, incitation en assemblée générale et participation elle-même). L'ambiance, comme à l'accoutumé était très conviviale, j'oserai dire « fraternelle », oubliant pour un soir les soucis du quotidien. Cela a boosté mes collaborateurs, notamment ceux qui vivaient pour la première fois l'évènement. Je remercie les Présidentes, Présidents d'Union de Quartier et leurs représentants présents. Certains nous ont fait part de leur empêchement et de leurs regrets, je leur transmets notre soutient. Monsieur le Maire l'a fait, mais je remercie à nouveaux tous les représentants de vos Unions de Quartier qui ont participé au jury cet été.
Petite chronique :
À plusieurs reprises nous avons évoqué la chute des feuilles qui présente dans nos pays tempérés une évidente corrélation avec l'automne. Aussi, nous pourrions penser qu'elle est induite par le froid. Nous avons cette année un automne très clément et assistons à cette chute de feuilles que nos collègues du nettoiement des chaussées souhaiteraient voir rester sur les arbres de nombreuses années. Par contre, en cette période de diminution de luminosité, les habitants proches d'arbres touffus apprécient cette chute pour mieux bénéficier des rayons de soleil hivernaux. Ces changements de luminosité ou plutôt la diminution de la longueur du jour intervient directement dans la programmation de la chute des feuilles. C'est le contrôle photopériodique. À proximité des lampadaires les sujets perdent leurs feuilles plus tard que ceux qui en sont éloignés. Néanmoins ils les perdent. Le déterminisme de cette chute est également génétique. Dans les forêts tropicales sempervirentes sans modification de la longueur des jours, les arbres perdent leurs feuilles pendant un temps très court et de manière non simultanée. La chute des feuilles apparait de façon partielle au sein d'un même houppier. Des rameaux en pleine croissance peuvent côtoyer des branches défeuillées. C'est pourquoi ces forêts sont toujours vertes. Des gênes, des enzymes et des hormones végétales contrôlent la sénescence des feuilles et la différenciation du tissu fragile à la base de celles-ci appelé « zone d'abscision ». Ainsi différencié il facilite leur chute sous l'effet de leur poids et du vent.
(Sources : l'arbre Au-delà des idées reçues de Christophe Drénou)
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22 octobre 2017

Petite chronique :
Pourquoi, au nom de la propreté, ramasser les feuilles et les brindilles tombant au sol ? Leur retrait peut être justifié en ville au nom de la sécurité sur les surfaces minérales dures, où, mouillées, elles peuvent entrainer des chutes. Par contre on a tout intérêt à laisser les feuilles au pied des arbres. Le cycle des éléments minéraux, à savoir l'absorption racinaire, la synthèse de matières organiques et la minéralisation de la litière, passe par les feuilles. Ces dernières sont 40 fois plus riches en nutriments, notamment en phosphore, que les autres parties de l'arbre. Le fait de les ramasser est par conséquent une grosse perte pour l'activité biologique des sols et des plantes. A` Lyon, depuis plusieurs années une fête des feuilles est organisée pour sensibiliser le grand public sur l'intérêt de maintenir les feuilles dans les parcs et de limiter leur exportation. À Grenoble nous favorisons leur regroupement sous les arbustes et en pied d'arbres en " paillage " ou " mulch ". Outre la limitation des exportations que nous voulons réduire à zéro dans les parcs, cela favorise l'activité biologique des sols et ainsi facilite les échanges entre les arbres et les arbustes par champignons interposés. Par ailleurs, le désherbage s'en trouve limité et le dessèchement du sol est ralenti en été. On réduit trop souvent le sol à une fonction de support de la vie végétale et animale. En réalité, le sol avec son cortège végétal, animal et fongique, présente un fonctionnement analogue à celui d'un organisme vivant. Il respire (consommation d'oxygène), régule sa température, digère de la matière organique, fait circuler de l'eau et stocke des réserves. Il est le capital santé des arbres. Fragile, il doit être protégé.
Il y a des exceptions au maintien des feuilles sous les arbres. Les feuilles de fruitiers parasitées (cloque, tavelure) doivent être évacuées pour enrayer la propagation des maladies. En ville, les feuilles de marronniers attaqués par la mineuse (larve de papillon Cameraria ohridella) permettent aux larves d'hiverner au sol à l'abri. Un ramassage minutieux limite les dégâts la saison suivante.
(Sources : l'arbre Au-delà des idées reçues de Christophe Drénou)
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15 octobre 2017

Petite chronique :
Les hybrides sont-t-ils toujours stériles? Affirmation courante en s'appuyant sur des exemples du monde animal. Aussi, certains affirment qu'il n'y a aucun danger pour qu'une espèce issue de l'agriculture biologique soit contaminée par une plante transgénique. On appelle cela « unité du vivant ». Erreur, dans ce domaine les végétaux se distinguent des animaux. Les hybridations végétales sont faciles, fréquentes et produisent des individus fertiles. Ente les quatre espèces de chêne caducifoliées (pédonculé, sessile, pubescent et tauzin), les croisements naturels sont si fréquents qu'il est difficile de trouver en forêt des individus non hybridés. Le tilleul de Crimée (Tillia x euchlora) est un croisement issu du croisement entre le tilleul à petite feuille et le tilleul du Caucase, Le tilleul commun (x europaea) est probablement issu de l'hybridation du tillia cordata (= tilleul des bois = tilleul à petites feuilles) et du tillia platyphyllos (= tilleul de Hollande), le cyprès de Leyland (x Cupressocyparis leylandii) est un croisement de Cupressus macrocarpa (= cyprès de Lambert) et Chamaecyparis nootkatensis (= cyprès de Nootka). Je ne vous donne pas tous les synonymes y compris en latin car la nomenclature évolue. Un grand exemple des villes, le pltane du Midi, platanus x acerifolia est issu du croisement entre le platanus orientalis originaire de l'Est de la méditerranée et de platanus occidentalis espèce américaine utilisée pour des croisements par l'Inra afin de créer un platane résistant au chancre coloré. Ce platane résistant a été utilisé pour les nouvelles plantations sur Jean Jaurès Libération à Grenoble.
La stérilité chez les animaux des hybrides s'explique au niveau du nombre de Chromosomes différent entre le mâle et la femelle qui empêche leur descendant de reconstituer certaines paires.
Les plantes ont la capacité de procéder à des réarrangements chromosomiques pour obtenir un génotype normal avec des chromosomes correctement appariés.
Les différentes espèces d'arbres peuvent donc se mélanger. Cela relativise la traditionnelle notion d'espèce de Linné définie par l'interfécondité des individus.
(Sources : l'arbre Au-delà des idées reçues de Christophe Drénou)
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5 octobre 2017

Petite chronique :
Les biofilms : vous connaissez probablement, ces ensembles d'organismes unicellulaires que l'on trouve dans la bouche et le tube digestif des animaux et de l'homme (flore intestinale). Dans les secteurs alimentaires et hospitaliers ils sont craints pour la contamination des surfaces des installations et constituent un véritable problème de santé publique. Ces contaminations sont à l'origine de deux types d'infections, alimentaires et nosocomiales.
Les biofilms naturels sont surtout composés d'algues et de bactéries pour les surfaces éclairées ou exondées, mais ils sont quasi exclusivement constitués de bactéries (dont photosynthétiques) et de champignons au sein du biofilm qui colonise les sédiments ainsi que les feuilles ou les bois immergés.
Surtout en zone tropicale, mais aussi en climat tempéré, un biofilm algal et bactérien, fongique et/ou lichénique existe sur les feuilles des arbres, les écorces et les racines. Le biofilm bactérien et fongique se développe en été " en épiphyte " et prépare la bonne décomposition des feuilles avant même qu'elles ne tombent (à l'automne en climat tempéré, toute l'année en zone équatoriale).
Au niveau de la phyllosphère (les feuilles), un seul arbre abrite quelques centaines d'espèces fongiques. Elles vivent soit à la surface des feuilles, soit à l'intérieur des tissus foliaires dans les espaces intercellulaires.
Certaines des bactéries qui forment ce biofilm deviennent dans certaines circonstances (stress, gel, piqure d'insectes, etc) pathogènes (rouilles, tavelure, anthracnoses...), c'est le cas par exemple d'une bactérie de forme allongée un pseudomonas commun (Pseudomonas syringae) dont certaines souches provoquent une maladie mortelle chez le marronnier (maladie émergente).
Les champignons aériens sont loin d'être tous pathogènes et certains jouent un rôle positif sur la santé de l'arbre. On parle de mutualisme. Des champignons limitent les attaques d'insectes par la production de substances toxiques ou freinent les infections par d'autres champignons pathogènes. Ils peuvent également augmenter la résistance à la sécheresse.
(Sources : l'arbre Au-delà des idées reçues de Christophe Drénou)
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29 septembre 2017

Petite chronique :
Jusqu'en 2013, le nombre d'espèces d'arbres sur terre évoqué par la presse scientifique variait de 60000 à 100000 suivant les estimations. L'homme aime les chiffres et la précision qui permettent de juger des évolutions. Aujourd'hui, grâce au travail de milliers de botanistes sur des siècles, un inventaire quasi définitif a été publié en avril sous la direction du Botanic Garden Conservation International (BGCI). Ce sont ainsi 60065 espèces d'arbres qui représentent 20% des plantes recensées. Mais qu'est-ce qu'un arbre? Ils se sont fondés sur la définition donnée par l'Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN), à savoir : « une plante constituée de bois avec habituellement un seul tronc poussant à une hauteur d'au moins deux mètres, ou, s'il y a plusieurs troncs qu'au moins l'un d'eux fasse cinq centimètres de diamètre à hauteur de poitrine d'homme ». La frontière avec certains arbustes est ténue, peu consistante, et les botanistes ont mis du temps à en écarter ou en introduire comme le noisetier. Les palmiers Arecaceae ont été considérés comme des arbres avec 1282 variétés dénombrées.
Si l'on remonte la classification de Linné (famille, genre, espèce, variété), 45% des espèces d'arbres appartiennent à 10 familles avec en tête les légumineuses (leguminosae) pour 5405 espèces dont le mimosa et le robinier, puis les Rubiaceae, les Myrtaceae, les Lauraceae...
La répartition géographique est également inégale, l'Amérique du sud hébergeant le plus d'espèces, 8715 pour le Brésil, 5776 pour la Colombie, 4656 au Venezuela... D'autres régions du monde comme l'Indonésie avec 5142 espèces, la Malaisie (4993) et la Chine (4635) sont richement diversifiées.
Pour les arbres endémiques (qui ne poussent que sur un territoire), l'Amazonie est suivie de Madagascar et de l'Australie.
Certains arbres prolifèrent quand d'autres luttent pour ne pas disparaitre. Ainsi la moitié de l'Amazonie est constituée de 227 sortes d'arbres dont l'hévéa quand les milliers d'espèces beaucoup plus rares n'occupent que 0.12% de la surface. Les botanistes ont ainsi pu déterminer que sur les 20000 espèces dont on a pu évaluer la population dans le monde, 9600 sont menacées d'extinction et 300 sont au bord de la disparition avec moins de 50 individus recensés.
375500 végétaux décrits à ce jour par la science.
Le groupe des Angiospermes se décompose en 406 familles, 14038 genres et environ 352000 espèces.
Les Gymnospermes ne comprennent que 14 familles, 88 genres et environ 1000 espèces.
Les Bryophytes (mousses) sont classées en 165 familles, 1473 genres et environ 20000 espèces.
Les Ptéridophytes (fougères) sont classées en 35 familles, 568 genres et environ 13000 espèces
Source : Sciences & Avenir d'août 2017
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6 septembre 2017

Petite chronique :
93% des causes de la déforestation sont d'origine agricole. On ne coupe que très peu la forêt pour faire du bois d'oeuvre ou du papier. Dans la grande majorité des cas c'est pour planter du maïs, du soja, des palmiers à huile ou faire de l'élevage. Dans 60% des cas (selon la FAO) c'est un groupe agro-industriel et dans 33% un fermier indépendant qui va acquérir une parcelle forestière ou un milieu naturel intact. Il va alors raser la végétation, couper tous les arbres, ne vendre que les plus précieux et brûler le reste pour faciliter l'accès aux engins agricoles pour la culture ou la récolte, selon les principes d'agriculture intensive développés à la sortie de la deuxième guerre mondiale. Tout l'écosystème est perturbé, le sol retourné, compacté. Afin d'assurer du rendement il aura recours à des intrants chimiques et de l'irrigation, sur le modèle des immenses exploitations intensives Américaines, Australiennes ou même en Beauce en France.
De nombreux exemples attestent de l'hérésie financière de telles pratiques, surtout en région tropicale où les pluies délavent les sols et emportent la matière organique nécessaire aux cultures. Les sols sont alors asséchés par les vents et les cultures brûlées par le soleil. Au Pérou, les producteurs de cacao de l'Alto Huayabamba produisent 1,5 à 2 tonnes de cacao à l'hectare 100% en bio, et suivant des modèles agroforestiers. C'est un rendement très élevé, de 30% à 50% de plus que les producteurs conventionnels de cacao de la même région qui mettent 3 tonnes d'engrais à l'hectare. Ces résultats s'expliquent par le fait que le cacao est une plante d'ombrage, comme le café et que ces cultures profitent des apports des arbres. L'agroforesterie consiste à combiner la plantation ou la conservation d'arbres au sein de cultures agricoles. L'arbre puise des minéraux dans les couches inférieures du sous-sol, les remonte jusqu'à ses feuilles qui vont les apporter au sol en surface en tombant. Certains arbres peuvent également capturer l'azote présent dans l'air. Leurs racines décompactent les sols et quand le chevelu meurt (comme les feuilles) il laisse des cavités propres à stocker de l'eau et à aérer le sous-sol. De plus, la canopée ralentit les gouttes d'eau lors de fortes pluies, protégeant les sols de la battance mais également de l'érosion et des ruissellements. Quand certains ne voient que concurrence pour la lumière, l'accès à l'eau, et aux éléments nutritifs, d'autres voient complémentarité, coopération et non compétition, services rendus à la culture, entretien du sol et des équilibres grâce à la biodiversité. Par ailleurs si ces arbres sont des fruitiers ils apportent à l'exploitant un revenu complémentaire non négligeable. En Indonésie, planter 10 avocatiers sur un hectare de café permet de doubler le revenu du fermier sur 5 à 7 ans. Il en est de même lorsque l'on plante des arbres dans des champs de cacao, de thé, de riz ou d'ananas.
(Source : Tristan Lecomte « Et si on remontait dans l'arbre » Editions La mer salée. Tristan Lecomte, fondateur d'Alter Eco et de Pur Projet, parcours le monde afin de mettre en oeuvre des projets de compensation carbone pour de grandes entreprises. Pur Projet a planté 5 millions d'arbres en 8 ans)
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27 juillet 2017

Petite chronique :
Earth Overshoot Day ou le jour du dépassement de la terre, date de l'année où, théoriquement, les ressources renouvelables de la planète pour cette année ont été consommées. Au-delà de cette date, l'humanité puise donc dans les réserves naturelles de la Terre d'une façon non réversible. Du 31 décembre en 1986, il est passé au 8 aout l'an dernier et est annoncé pour mercredi prochain 2 août en 2017... Le « non réversible » de la définition Wikipédia nous ramène à la déclaration des scientifiques au congrès géologique international : Nous sommes entrés dans une nouvelle ère géologique, l'anthropocène qui remplace l'holocène. C'est Paul Crutzen, chimiste et prix Nobel néerlandais, qui a imaginé ce nom en 2000. Selon lui, cette "ère de l'homme" consiste en un nouvel âge géologique marqué par la capacité de l'humain à transformer la Terre. Jusqu'à la moitié du XXème siècle, l'homme n'avait aucun impact irréversible sur la biodiversité et le climat. Mais les choses ont changé. Nous les humains, et particulièrement les occidentaux, sommes en capacité de modifier durablement l'évolution de la planète.
En cette période de congés où nous assistons à une vague d'incendies de forêt rarement connue, rassurez-vous, c'est une petite lumière d'optimisme que je souhaite apporter aujourd'hui. Ce n'est pas l'histoire du colibri qui fait sa part de travail devant l'incendie mais d'autres histoires, celles d'Abdul Karem et de René Haller :
Nombreux d'entre nous connaissent la nouvelle de Giono « l'homme qui plantait des arbres ». Elle a inspiré plusieurs actions de la société civile à travers le monde, plus ou moins importantes, portées par des associations ou des individualités, notamment en bordure des déserts.
-Abdul Karem souhaitait démontrer dans un endroit complètement dénudé que la nature peut être régénérée lorsqu'on s'y attache avec détermination. En 1977 il achète un lopin de terre de 2 hectares en Inde au Kerala et plante ses premiers sujets acheminant l'eau sur une distance importante. Il y eu des tâtonnements et des vicissitudes mais en 1982 il achète 11 hectares de terre supplémentaires et diversifie ses plantations. Cinq ans plus tard il commence à remarquer une augmentation de la disponibilité en eau dans les puits alentours. Il réalisera de petites mares pour inciter les oiseaux et autres animaux à s'installer dans sa forêt et ainsi créer un équilibre. Aujourd'hui elle reçoit les visites de chercheurs d'universités Indiennes mais également d'Europe et des Etats Unis.
-René Haller a créé la forêt de Baobab Farm près de Mombassa au Kenya. Sur une carrière abandonnée de corail nu, soumise à une insolation intense, sans aucun sol, il eut l'idée après de nombreux essais de plantation d'arbres, de réintroduire le mille-pattes noir et rouge du Kenya pour transformer les feuilles mortes et initier ainsi la formation d'humus, substrat de départ pour toute une succession forestière...
Ces différentes actions de passionnés, démontrant les interactions au sein de la nature, nous montrent que l'homme peut aussi aider la nature à se réparer, « s'il s'y attache avec détermination ».
Voir le planning de taille estivale des arbres de la semaine.

21 juillet 2017

Nous avons coupé en urgence un platane sur le cours de la Libération mardi dernier. Cet arbre a séché très brutalement et montrait une certaine instabilité. Une pourriture interne a été décelée en partie basse mais nous devons faire des investigations complémentaires pour expliquer ce dépérissement brutal.

Petite chronique
Nous avions évoqué quelques semaines en arrière la fabrication du bois par le cambium. Vers l'intérieur, les cellules « méristématiques » ajoutent chaque année une couche de bois qui recouvre le cerne de l'année précédente avec une circonférence légèrement supérieure. Ce même cambium produit vers l'extérieur l'écorce interne ou vivante qui repousse l'écorce morte, le rhytidome. L'écorce morte n'est pas (ou peu) élastique et pourtant, un peuplier qui croit de 40 cm de diamètre à 44 cm en une année va augmenter sa circonférence extérieure de 13 cm (138cm-125cm). Suivant les variétés et l'âge des arbres, nous assistons à deux principaux phénomènes, des écorces qui se crevassent comme sur les chênes, peupliers, marronniers, ou des écorces qui s'exfolient en plaques comme sur les platanes. Les premières peuvent devenir très épaisses alors que les secondes restent fines. Cette année nous assistons en France sur la plupart des platanes à une forte chute des rhytidomes de platanes qui laisse apparaitre la couleur clair de l'écorce sous-jacente. Une année pluvieuse favorable à la croissance des arbres, suivie d'une année à fortes chaleurs favoriserait ces chutes plus importantes. Il n'y a donc pas de dépigmentation comme un vitiligo humain, juste la nature qui se régénère. Certains arbres d'ornement sont cultivés pour l'aspect décoratif de leur écorce induit par cette exfoliation.
Les écorces sont ou ont été exploitées à de nombreuses fins, le liège, l'aspirine, le tannage des cuirs... L'écorce des boulots était utilisée en sous toiture sous les mottes de terre enherbée des maisons d'Europe du nord et pour l'enveloppe des canots des Amérindiens du Canada.
Enfin, dans une prochaine chronique nous reviendrons sur ces écorces qui ont fait l'objet de plusieurs études sur la bioaccumulation de métaux toxiques comme le plomb et l'arsenic au cours du temps. Intuitivement tout le monde le pense mais il a été mesuré une diminution de plomb, zinc et cuivre dans les écorces avec l'augmentation de la distance à la route et la hauteur par rapport au sol.
Voir le planning de taille estivale des arbres de la semaine.

13 juillet 2017

(Frédéric Petitjean pour cette semaine)
Les insectes ont-ils tué les dinosaures ?
Les spermaphytes sont l'ensemble des végétaux qui se caractérisent par la présence d'organes femelles (ovule) qui se transformera en graines après fécondation par le pollen.
Ils comprennent :
  • Les gymnospermes : plantes sans vraie fleur, dont les graines sont nues. Aujourd'hui principalement composé de conifères (et fougères arborescentes), ils représentent 1000 espèces (200000 au jurassique et crétacé) et sont anémophiles : le transport du pollen est assurée par le vent.
  • Les angiospermes sont les plantes à fleurs (plus de 300000 espèces référencées). Ils sont entomophiles : leur pollinisation est assurée par les insectes.
  • Apparus au crétacé supérieur (-125 millions d'années).
Les angiospermes ont donc gagné au fil des temps géologiques du terrain sur les gymnospermes...
Jusque-là tout est scientifique...
Le jurassique... cela n'est pas sans vous rappeler un certain film américain... C'est en effet la période (avec le crétacé) des dinosaures...
On trouve ça et là quelques hypothèses (pas toujours très scientifiques et sans réelle preuve en tous les cas à ce jour... je vous passe les météorites et autres attaques extraterrestres...) sur la disparition des dinosaures et notamment la suivante.
La grande durée de vie des dinosaures - de 75 à 300 ans - les aurait empêchés de s'adapter rapidement aux nouvelles conditions environnementales et notamment au développement des angiospermes. Un certain nombre d'angiospermes contient des substances psychotropes (des alcaloïdes aromatiques à base d'acides aminés). De nos jours, les mammifères herbivores ne les consomment pas car ils n'apprécient pas leur goût amer. D'où une hypothèse selon laquelle les dinosaures, incapables de goûter l'amertume de ces plantes, et dépourvus d'un système de détoxification au niveau du foie, périrent d'overdoses massives.
Ou comment les insectes pollinisateurs grâce aux fleurs ont tué les dinosaures...
Voir le planning de taille estivale des arbres de la semaine.

7 juillet 2017

Je sollicite une nouvelle fois votre mansuétude pour une information non transmise, la coupe des arbres rue Lesdiguières.
Ce n'est pas volontaire et je vous présente mes excuses. Le chantier est suivi par la Métropole et nous nous contentions jusqu'à présent de ne fournir que les informations de gestion des arbres que nous conduisons en tant que Ville de Grenoble. Autant le technicien qui me fournit le calendrier et les mises à jour que moi n'avions pas l'information. J'espère que cela ne se reproduira pas.
C'est l'état sanitaire des arbres et leur emplacement sur la ligne de séparation de deux places de stationnement qui nous ont conduits à demander à nos collègues de la Métropole de prévoir le remplacement de ces arbres dans leur chantier d'aménagement. Ces arbres avaient été fortement fragilisés par la tempête de neige de 2012, certains coupés le dimanche même, notamment l'un tombé sur l'abri bus... Aussi des séquelles étaient visibles dans leur houppier. Par ailleurs, la compaction des sols par le stationnement au plus près des troncs nous laissait entrevoir des pourritures racinaires, avec les risques qui en découlent. Toutefois, avant le lancement de Coeur de villes Coeur de Métropoles, nous n'avions pas prévus d'intervenir dans l'immédiat. Cependant, nous avons eu du mal à envisager de revenir dans moins d'une dizaine d'année pour détruire l'aménagement qui va se réaliser, afin de recréer des fosses de plantations et planter de nouveaux arbres. C'est pourquoi, en lien avec la métropole, cette décision de privilégier l'avenir au présent a été validée :
Treize tilleuls ont été coupés et un érable sans avenir risque d'être également coupé dans un second temps au niveau de l'accès au parking Hoche. En remplacement, ce sont 29 sujets qui vont être plantés au cours de l'hiver prochain avec un éloignement du stationnement de leur pied. chênes sessiles (= rouvres) fastigiés entre Agutte Sembat et Verdun portion qui était dépourvue de plantations et chênes à feuilles de laurier ('Quercus imbricaria') entre Championnet et Gambetta, quelques frênes entre Gamgetta et Agutte Sembat.
Je joins le plan de plantation qui peut subir encore quelques modifications si nous avons des surprises au niveau du sous-sol pour les personnes plus concernées par ce secteur.

Vous noterez sur les deux dernières semaines de juillet une taille architecturée des tilleuls de l'avenue Albert 1er de Belgique. En accord avec nous, cette taille est directement commanditée par nos collègues du service gestion du patrimoine naturel et arboré à l'entreprise titulaire de leur marché d'entretien. Le chantier sera suivi et payé par la Métropole.

Petite chronique de l'arbre :
Nous avons écrit à propos des espèces pionnières mais quelles sont les autres et leurs stratégies ?
Peter Wohlleben, forestier, aime à parler des hêtres, nombreux dans les forêts de son district allemand de l'Eifel. Ces hêtres se contentent de peu de lumière pour se développer, profitent de l'assistance de leurs congénères à proximité et patientent des années avant de dominer leurs voisins, souvent après la disparition de leur mère libérant l'accès à la lumière. Ils vont donc se développer doucement. Ces arbres à croissance lente comme les chênes également sont appelés arbres d'avenir car ils développent une structure solide et apte à résister au temps. Ils sont caractérisés par des cycles de reproduction longs et une production peu importante de graines.
Alors que les graines des espèces pionnières sont très légères pour s'envoler, sans grandes réserves pour germer, les faînes, plus lourdes, ne peuvent compter que sur les mulots sylvestres, geais, écureuils et autres rongeurs pour s'éloigner un peu de leur génitrice. Aussi la conquête de nouveaux territoires s'avère longue. En compensation les réserves de substances nutritives dont dispose la graine lui permettent douze mois d'autonomie. Plus tard, pour produire un kilogramme de bois il lui faut 180 litres d'eau alors qu'il en faut presque 300 litres pour la plupart des autres espèces. Tandis que les pionniers gagnent en hauteur, les arbres du futur élaborent des structures qui formeront les piliers de la forêt mature et sur lesquels viendront s'amarrer les lianes et épiphytes.
Enfin, ces arbres patients, finissent par dépasser en hauteur nombre de leurs concurrents. Ils filtrent alors la lumière s'en gardant la meilleure part condamnant nombre d'espèces de moindre hauteur. Il aura fallu au hêtre pour atteindre sa taille adulte au bout de 150 ans, bâtir une quantité de sucre et de cellulose équivalente à un hectare de blé pour édifier son tronc.
(source : la vie secrète des arbres Peter Wohlleben)

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30 juin 2017

Petite chronique de l'arbre :
Semaine dernière j'ai évoqué les espèces pionnières mais je ne résiste pas au désir de partager un peu plus leurs stratégies physiologiques. Ainsi, l'écorce du bouleau devient très dure dès qu'elle éclate en formant des crevasses noires et ses tissus sont gorgés d'huiles essentielles au goût fort désagréable pour les herbivores. La couleur blanche est due à la bétuline aux propriétés antivirales et bactéricides exploitées par l'industrie pharmaceutique. En outre, cette couleur réfléchissant la lumière protège le tronc des coups de soleil.
Les feuilles de tremble ont la particularité d'assurer la photosynthèse sur les deux faces alors que celles des autres espèces consacrent la face inférieure à la respiration. La forme du pétiole de ces feuilles permet qu'au moindre souffle, alternativement les faces de ces dernières sont exposées à la lumière. Ces mouvements presque permanents ont donné son nom à cet arbre. Comme moyen de lutte contre les herbivores les peupliers ont particulièrement développé leur capacité de rejeter des racines. Ils peuvent être broutés et broutés de nouveau pendant des années, leur système racinaire continue de s'étendre multipliant les rejets. C'est ainsi qu'une forêt de l'Utah héberge un Faux Tremble de plus de 40000 troncs sur 43 hectares. L'âge de cet «organisme» qui ressemble à une forêt est estimé à plusieurs milliers d'années.
(source : la vie secrète des arbres Peter Wohlleben)

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22 juin 2017

Petite chronique de l'arbre :
J'avais évoqué dans une chronique la solidarité qui peut exister entre les divers individus d'un boisement. Cette solidarité ne peut fonctionner pour les plantations urbaines d'alignement, c'est pourquoi Peter Wohlleben ose une analogie avec les enfants des rues. Toutefois les stratégies de conquête des espaces sont très variables suivant les essences. Nous avons les espèces pionnières fondamentalement individualistes qui grandissent loin de leur mère et de la forêt. Leurs graines sont adaptées aux déplacements importants pour aller conquérir l'espace dégagé d'un paysage remanié. Ainsi, petites et enrobées de bourre ou munies d'ailettes elles parcourent des kilomètres portées par des vents chauds ou une vigoureuse tempête. Ces espèces seraient-t-elles plus adaptées aux stations urbaines ?
Elles détestent l'ombre et poussent très vite. Le tremble, le bouleau verruqueux, le saule marsault font partie de ces pionniers pressés qui font des pousses annuelles de plus d'un mètre quand celle d'un hêtre ou d'un sapin à l'ombre de ses aînés n'est que de quelques centimètres. Ces championnes de rapidité sont aptes à la reproduction pour conquérir de nouvelles terres en 10 ans. Elles développent des stratégies de défense contre les herbivores, épines, huiles essentielles, activées en permanence car elles ne peuvent compter sur des alertes ou sur l'effet du nombre. Ces espèces dépensent beaucoup d'énergie pour assurer en même temps cette croissance accélérée et cette protection permanente. Elles se donnent à fond et passé les trois premières décennies l'épuisement s'installe, la croissance diminue, la capacité à se défendre contre les champignons également. Attention à toute coupe de branche qui ouvre la porte aux spores de ces derniers. Ces espèces sont donc peut longévives et ne permettent pas un investissement sur le long terme. Des peupliers de Simon en vogue à la fin des années 70 pour leur croissance rapide avaient été plantés en alignement sur l'avenue Malherbe à Grenoble. Au court de leur troisième décennie les dépérissements se sont succédés année après année, conduisant au renouvellement de l'ensemble de ces deux rangées d'arbres par des liquidambars.
(source : la vie secrète des arbres Peter Wohlleben)

16 juin 2017

Petite chronique :
Dans la profession il est courant de dire que les résineux acidifient les sols et limitent la végétation.
Tous les arbres, feuillus et résineux acidifient le sol et cela leur permet d'altérer les roches pour absorber les éléments minéraux ainsi libérés. Grâce aux sécrétions acides des racines, des mycorhises et bactéries associées les arbres parviennent à solubiliser et rendre absorbables calcium, phosphore, potassium, magnésium...
La respiration racinaire prélève de l'oxygène et libère du CO2. L'absorption des cations nutritifs (Ca²+, Mg²+, K+, NH4+) s'accompagne d'une excrétion de protons (ionsH+) qui acidifie le milieu.
Les organismes du sol qui décomposent les litières et racines mortes libèrent également des acides organiques. Certaines litières constituées de feuilles coriaces sont plus acidifiantes que d'autres. Ainsi, l'épicéa est plus acidifiant que le sapin, lui-même plus que le hêtre qui devance dans ce domaine le chêne.
Peu de sols en France sont sensibles à une acidification. Il s'agit de sols déjà très acides (PH<4,2), lessivés ou compactés.
La sylviculture est beaucoup plus influente que l'essence. Historiquement les résineux, plus frugaux que les feuillus ont été plantés de préférence sur les sols pauvres et acides. Par ailleurs, longtemps les plantations très denses confisquaient la lumière au niveau du sol. On sait que la lumière permet une élévation de la température et une augmentation de l'activité biologique du sol. La structure de celui-ci et son PH sont améliorés, une flore herbacée et un sous-bois réapparaissent. La minéralisation de la litière permet ainsi de retrouver des sols proches de ceux des forêts de feuillus.
(Source : L'arbre, au-delà des idées reçues DRENOU C.)

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9 juin 2017

J'avais évoqué lors d'un message précédent la plantation d'arbre mais uniquement sous l'angle de sa taille et j'ai omis de parler du tuteurage.
Bien que nous ne soyons plus en période de plantation je souhaite corriger cet oubli car le tuteurage est un élément qui nécessite une attention particulière et cela constitue un sujet moins compliqué que la circulation des sèves dans l'arbre. La plantation d'un arbre se décompose en plusieurs actes, trouver un lieu adapté (" le bon arbre au bon endroit "), préparer le sol ou réaliser une fosse de plantation avec apport de terre ou de mélange reconstitué, ouverture d'un trou de plantation qui permette un bon étalement des racines ou une bonne position de la motte, préparation des systèmes racinaires et aériens (que nous appelons " habillage "), la plantation elle-même, la protection du tronc et le tuteurage.
Le tuteur est le meilleur et le pire des amis de l'arbre. Soumis au vent le jeune arbre ne pourra assurer seul son maintien vertical par rupture de cohésion entre ses racines ou la motte, et le sol. Aussi, cette stabilité sera fournie par les tuteurs. Toutefois les sollicitations du vent transmises aux racines favorisent le développement de ces dernières, tout en ralentissant la croissance en hauteur de l'arbre. Aussi, au Royaume Uni le tuteurage bas est privilégié pour renforcer le tronc. Par ailleurs, il faut éviter tout frottement du tronc contre un support (tuteur ou planche de liaison) qui arracherait l'écorce. C'est pourquoi, plusieurs tuteurs avec des liens souples sont préférables aux simples ou doubles tuteurs. À Grenoble nous préconisons un triple ou quadruple tuteurage. Les tuteurs de grosse dimension protègent également les sujets de vandalisme volontaire ou accidentel. Néanmoins, au bout de deux à trois ans il faut supprimer les attaches afin que l'arbre assure lui-même sa stabilité. Tout au long de cette période de tuteurage, les attaches devront être vérifiées régulièrement pour éviter les étranglements du tronc.
D'autres systèmes de stabilisation de l'arbre peuvent être utilisés. Le haubanage par des filins aériens attachés à des pieux à quelques mètres du tronc, efficace mais source d'accident de piétons voire même de cycliste dans certains cas. Intéressant pour les très gros sujets et pour ceux " branchus " de base. L'ancrage de motte répond au besoin de laisser les contraintes externes favoriser le développement racinaire et à des souhaits d'esthétisme mais est complexe à mettre correctement en oeuvre. Différents types d'ancrage de motte ont été testés sur Grenoble, notamment pour les Liriodendrons (Tulipiers de Virginie) plantés le long de la troisième ligne de tramway sur les grands boulevards. Certains ont été blessés au collet par les sangles provoquant des ruptures, d'autres se sont inclinés car la motte a légèrement basculé, probablement à cause d'une tension insuffisante ou un décrochage des ancres.
(Source : L'arboriculture urbaine Maillet M. Bourgery C.)
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1er juin 2017

J'attire votre attention sur la taille des arbres le long du tram avenue Général Champon. Nous devons consigner le tram (coupure électrique pour assurer la sécurité) et de ce fait travaillons de nuit avec un horaire pour les agents de 22 heures à 5 heures du matin. Nous prévenons les riverains en amont.
Petite chronique :
Les feuilles attirent l'eau vers le haut par transpiration grâce à l'énergie solaire, l'eau est en tension. Cependant la nuit, ou encore quand il fait trop chaud, les stomates se ferment. Par ailleurs, pour les arbres caducs dépourvus de feuilles en hiver, on peut assister à des écoulements de sève lors des tailles de printemps. Lorsque le sol est suffisamment humide, les entrées d'eau dans les racines par osmose continuent mais les sorties sont stoppées. La pression augmente et est appelée poussée racinaire. Au printemps, de nombreux arbres transfèrent une partie de leurs réserves en amidon dans les vaisseaux ce qui augmente la concentration de la sève en sucres et donc ce phénomène d'osmose. L'eau est sous pression. On peut ainsi récolter le sirop d'érable ou la sève de bouleau.
J'ai évoqué l'ascension de la sève brute dans les arbres mais qu'en est-t-il de la descente de la sève élaborée ? Nous pourrions penser qu'elle s'écoule par gravité mais il n'en est rien. Elle est beaucoup trop visqueuse, il faut la pousser et c'est lentement qu'elle va progresser à la vitesse de 50cm à l'heure alors que le flux de sève brute atteint 6 mètres à l'heure. Cette importante différence de vitesse s'explique également par le diamètre des tubes situés juste sous l'écorce externe dans le phloème. Il n'est que de 5 à 100 microns selon les espèces, alors que les vaisseaux du xylème des feuillus utilisés par la sève brute varient de 50 à 700 microns. De plus, ces vaisseaux du xylème des feuillus sont totalement ouverts (les parois transversales des cellules empilées pour leur confection ont disparues) alors que dans les tubes de descente de sève élaborée les parois transversales des cellules persistent et ne laissent comme points de passages que des pores appelés "cribles". Cela ralentit considérablement le transport des sèves. (Les résineux sont pourvus de "trachéides" pour conduire la sève brute. Ces éléments conducteurs sont également encombrés des parois transversales des cellules constitutives pourvues de pores appelés dans ce cas "ponctuations".)
La sève élaborée circule toujours des organes riches en sucres vers ceux qui en ont besoin, de manière descendante mais aussi transversale. Les sucres sont régulièrement déchargés dans les organes à nourrir tout au long de la descente vers l'extrémité des racines.
Les pressions osmotiques et hydrostatiques, qui permettent ces transferts dans les milieux de moindre pression et moindre concentration en sucres, consomment de l'énergie.
(Sources : INRA Clermont-Ferrand & Christophe Drénou)
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26 mai 2017

Je vous avais promis d'évoquer la circulation de l'eau dans les arbres. Pour comprendre comment un hêtre adulte peut pomper jusqu'à 500 litres d'eau par jour à partir d'un sol "ressuyé" il serait nécessaire de se plonger dans les lois de la physique, ce que nous ne ferons pas. Toutefois, sans entrer dans la physique de base il est important de savoir que cela résulte d'un ensemble de propriétés de l'eau extraordinaires, très importantes pour la biologie. Liquide à température ordinaire, la molécule d'eau est polarisée, (côté atomes d'hydrogène positifs et côté atome d'oxygène négatif), ce qui induit une forte cohésion. L'eau fait preuve d'une forte tension superficielle, de forte adhésion, c'est un excellent solvant, et elle présente une forte chaleur latente de vaporisation (c'est-à-dire qu'il faut dépenser autant d'énergie pour la vaporiser que pour élever sa température de 0 degrés C à 600 degrés C et cette vaporisation est assurée au niveau des feuilles).
Le principal moteur de l'ascension de l'eau dans l'arbre est l'évaporation foliaire qui aspire la sève vers le haut à travers différents tuyaux suivant qu'il s'agit de résineux dotés de trachéides, ou de feuillus à zones poreuses comme le chêne ou à pores diffus comme le bouleau.
Tout d'abord, c'est le phénomène d'osmose qui assure le passage de l'eau de manière automatique d'un milieu moins concentré en substances dissoutes (le sol) vers le milieu plus concentré, la racine où elle progresse dans les tissus jusqu'aux "tuyaux" du xylème. Là le transport passif de l'eau et des ions ne suffit plus et l'arbre opère un pompage actif par capillarité exerçant une tension sur cette sève brute de plus en plus forte, de -1 bar dans les racines à -7 bars dans les feuilles pour atteindre -500 bars au moment de la vaporisation.
Sur la face inférieure des feuilles sont situés les stomates (ouvertures contrôlées sur l'extérieur) avec une chambre sous stomatique dans laquelle se produit le passage de fines pellicules d'eau qui entourent les cellules dans les espaces intercellulaires nommés lacunes. Des micros surfaces de quelques dizaines de nanomètres sont en interface avec l'air. Les forces de capillarité sont ici très fortes, suffisantes pour obtenir une colonne d'eau de 120 mètres de haut. L'énergie solaire induit la transpiration qui fait se rétracter la pellicule d'eau interne, ce qui a pour conséquence de tirer la colonne d'eau du xylème.
Je suis rapidement passé des racines aux feuilles sans évoquer ce qui se passe dans les vaisseaux. La capillarité résulte de la force d'attraction de l'eau vers les parois d'un conduit. Plus le conduit est étroit et plus l'eau monte spontanément. Le diamètre des vaisseaux est décroissant des racines vers la cime passant par exemple pour un érable de 155 nanomètres dans les racines à 55 nanomètres au collet pour se réduite à 46 nanomètres à 11 mètres de haut. Néanmoins malgré ces petits diamètres, les forces de capillarité ne permettent une ascension que de quelques mètres dans le tronc. La transpiration par les feuilles est donc le principal moteur mais quand les feuilles ne sont pas présentes ?
Ce sujet sera abordé à l'occasion d'une prochaine chronique avec les phénomènes d'embolie et le circuit de la sève élaborée.
(Sources : INRA Clermont-Ferrand & Christophe Drénou)
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22 mai 2017

Comment protéger les arbres des attaques de champignons lignivores (je ne parlerai pas des chancres comme le chancre coloré ni des champignons du feuillage comme les rouilles, oïdium) ?
Les principales dispositions sont la prévention. Il faut éviter toute blessure y compris de taille qui constituent les portes d'entrée et les contaminations secondaires. Désinfection des outils de taille, élimination du bois infecté, assainissement des sols gorgés d'eau favorables à l'armillaire et plantation dans ces zones de végétaux non sensibles à ce champignon.
Dans les années 80, des traités sur la chirurgie arboricole ont été édités avec des formations spécifiques mises en place et une entreprise spécialisée dans ces pratiques dispensait largement ses services. Les pourritures des arbres étaient curées jusqu'au bois sain, les cavités emplies de béton. Ces pratiques ont été rapidement abandonnées grâce aux recherches d'un scientifique Américain Alex Shigo qui a démontré qu'elles étaient plus destructives que favorables à l'arbre. De même les différents produits de protection des sections de branches coupées se sont montrés efficaces en boîte à pétri mais très rapidement défavorables sur le terrain après quelques cycles d'exposition à la pluie et au soleil.
Le tableau est bien noir mais que nous a enseigné Alex Shigo (1930-2006) ?
Il a mis en évidence les défenses naturelles mises en place par les arbres et, de ses observations, est né le concept de "compartimentation de la pourriture de l'arbre". Les ouvertures naturelles (perte de feuilles, fruits, brindilles ou racines) sont protégées par des zones de protection. Pour les ouvertures traumatiques, l'arbre met en place des barrières protectrices pour isoler les débuts de pourriture générée par les agents pathogènes et ainsi protéger ses réserves, le support mécanique, le système de transport des liquides et son assise génératrice de bois vivant. À partir des réserves autour de la plaie, une "zone de réaction" avec trois "parois" suivant les directions, est mise en place. Le cambium met en place une "zone de barrage" pour protéger le bois qui se formera après la blessure. Cette zone de barrage, quatrième barrière, est la plus efficace ce qui explique l'existence de nombreux arbres creux dont tout le bois de coeur a été dégradé et seules subsistent les cernes externes d'aubier. Cette barrière peut être traversée par certains champignons et c'est alors la lutte incessante entre le champignon qui tente de progresser et l'arbre qui met en place de nouvelles barrières. Les "chirurgiens" arboricoles détruisaient les parois de protection avec leurs rabots et ciseaux pour atteindre le bois sain après curage des pourritures, induisant une dégradation très rapide des arbres après traitement.
Il nous arrive à tous en voulant trop bien faire de commettre des erreurs.
(source : William MOORE, Voyage au centre de l'arbre)
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11 mai 2017

À l'occasion du précédent bulletin d'information j'ai évoqué très succinctement la grande diversité des relations arbres-champignons.
Certaines de ces relations sont "gagnant gagnant"» ou neutres, pour d'autres, notamment avec les champignons lignivores, l'arbre est perdant à plus ou moins long terme malgré les mécanismes de défense qu'il peut mettre en place.
La pénétration du champignon dans le bois vivant a généralement lieu grâce aux blessures provoquées par la rupture de branche, par l'action de rongeurs ou insectes foreurs mais surtout, en ville, par l'action humaine volontaire comme la taille et le vandalisme ou involontaire (travaux, accidents). Les spores, véhiculés par le vent, la pluie, les animaux, des outils, sont les principales formes de contamination, mais celles-ci peuvent également se faire par simple contact de mycélium avec l'hôte. Une fois installé, le mycélium se propage à des vitesses variables suivant l'agressivité de la variété du champignon ; les membranes des cellules sont digérées progressivement grâce à des enzymes spécifiques, ce qui aboutit à la formation d'une pourriture interne de différents types suivant si seule la cellulose ou seule la lignine ou les deux à la fois ont été décomposées. Quand les carpophores apparaissent, la pourriture interne est déjà bien avancée et si elle remonte d'une blessure racinaire, souvent aucun signe d'alerte n'a été décelé avant cette fructification. Le carpophore, organe de reproduction peut se présenter sous diverses formes, le « champignon » classique avec pied et chapeau comme l'armillaire, mais aussi avec un pied peu visible (langue de boeuf) ou sans pied (polypore soufré), le carpophore étant dans ce dernier cas accroché à l'arbre par son chapeau en partie ou totalité. 17 principaux "genres" de champignons actifs sont répertoriés en France avec certains comme les ganodermes qui n'attaquent que les feuillus, d'autres attaquant feuillus et résineux. Des agresseurs sont aptes à attaquer n'importe quelle zone de l'arbre (polypores), d'autres qu'une deux ou trois des quatre parties (racines, collet, tronc, branches).
Nous verrons dans une prochaine chronique les moyens de lutte. Globalement il n'y en a pas, aussi le gestionnaire préconise, suivant la vitesse de progression du champignon reconnu, l'abattage sécuritaire (ou la coupe des branches atteintes) dans un délai d'une à plus de dix années après la première fructification.
Il m'a également été proposé d'évoquer le cycle de l'eau dans l'arbre et notamment les mystères de son ascension à des hauteurs exceptionnelles. C'est un sujet passionnant à découvrir.
(Source : Phytoma)
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9 mai 2017

Les relations arbres et champignons sont très nombreuses, souvent insoupçonnées et surtout très diverses. Pour tous, le fruit du champignon, celui que nous ramassons pour nous régaler est la représentation que nous nous faisons de cet organisme vivant. En réalité, le champignon (lorsqu'il n'est pas unicellulaire) est un réseau complexe (le mycélium) de filaments (les hyphes) souvent invisible à l'oeil nu.
Ainsi au niveau des feuilles un seul arbre abrite quelques centaines d'espèces fongiques qui vivent soit à la surface des feuilles soit à l'intérieur des tissus dans les espaces inter-cellulaires. Il existe des formes parasites mais tous ne sont pas pathogènes et certains pratiquent l'entre-aide en limitant les attaques d'insecte par l'émission de substances toxiques par exemple.
Sous nos pieds, au niveau des racines des arbres, la symbiose entre l'arbre et le champignon est obligatoire. Le premier fournit les sucres photosynthétisés au niveau des feuilles, au second, et ce dernier en contrepartie explore le sol à grande distance des racines pour extraire de l'eau des éléments minéraux et de la matière organique. Il apporte la matière première, sève brute pour être rémunéré en matière transformée, la sève élaborée. Le nombre d'espèces de ces champignons appelés mycorhiziens est estimée à 10000. Certains entourent les racines et s'insinuent entre les cellules (ectomycorhizes), d'autres pénètrent ces dernières et s'y ramifient (endomycorhizes).
Nous avons les champignons lignivores, ceux que nous redoutons, nous gestionnaires. Leur mycélium s'attaque au bois de coeur, à l'aubier ou à la partie corticale, des branches, du tronc, du collet ou des racines. Nous reviendrons ultérieurement sur leur action.
Enfin les champignons saprophytes décomposent la matière organique et le bois mort au sol.
(sources: Christophe DRENOU l'Arbre, sciences et Avenir H.S., Phytoma)
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14 avril 2017

La face cachée des arbres, leur système racinaire, n'est pas symétrique du système aérien par rapport au niveau du sol et varie en fonction du contexte et des essences. Toutefois, pour simplifier le propos nous pouvons évoquer des constantes. La couche de sol la plus riche en éléments minéraux et en oxygène se situe dans les 60 premiers centimètres. Aussi, l'arbre émet un pivot central d'ancrage (évoqué dans la dimension des arbres à la plantation) puis des racines à croissance horizontale sont émises dans toutes les directions autour de ce pivot sur toute sa longueur. Parmi elles, certaines arrivent à se frayer un chemin et à s'allonger avec une stratégie d'évitement pour ne pas se concurrencer. Elles émettront ultérieurement de nouveaux pivots, seules racines programmées pour descendre et qui reviennent à la verticale lorsqu'elles rencontrent un obstacle. On peut compter une vingtaine de pivots sur un arbre adulte, ce qui est infime au regard des milliers de racines ligneuses à croissance horizontale. Contrairement aux pivots, les racines horizontales ne reprennent pas leur direction initiale lorsqu'elles sont déviées par un obstacle.
Enfin certaines racines horizontales remontent vers la surface à la recherche de ressources minérales ou d'oxygène dans les sols compactés. Certaines essences produisent même des racines ascendantes au-dessus du niveau du sol appelées pneumatophores en situation d'immersion dans les mangroves ou marécages. Au jardin des plantes de Grenoble, au niveau du petit pont Vicat en restauration actuellement, vous pouvez voir de telles racines au-dessus du sol émises par le cyprès chauve planté sur l'île.
Dans l'espace souterrain urbain hostile et très convoité pour de multiples enfouissements d'ouvrages, la gestion du système racinaire nous demande une attention particulière pour répondre aux besoins physiologiques de l'arbre et limiter les dégradations. Le soulèvement du sol par les racines qui ont trouvé oxygène et humidité au niveau de la condensation juste sous l'enrobé est limité par l'utilisation de mélange terre-pierre drainant. Les canalisations d'assainissement sont protégées par des dispositifs anti racine, des intrusions des microscopiques apex racinaires qui profitant de petites fissures pourraient développer des "renards" à l'intérieur. Enfin, pour le choix des arbres, au-delà de la prise en compte du développement aérien, les caractéristiques du système racinaire doivent être évaluées au regard du contexte. Mes propos simplifiés plus haut ne doivent pas gommer les différences de vigueur et de développement des racines suivant les variétés.
Nous reviendrons sur les racines prochainement car le sujet est riche.
(Source : L'arbre au-delà des idées reçues de Christophe Drénou)
Voir le programme d'élagage des arbres de la semaine.

7 avril 2017

J'hésitais à me lancer dans les explications sur la croissance des arbres et leur fonctionnement mais avec ces deux sections de tronc empruntées au livre de Raymond DURAND je pense pouvoir être compréhensible :

La section d'un tronc est une section de bâton de sucre. En effet, le bois de l'arbre est bâti à partir de molécules de sucres sous forme de cellulose.
En partant de l'extérieur nous avons l'écorce extérieure ou périderme=rhytidome. Cette écorce plus ou moins épaisse, liégeuse ou pas, suivant les espèces et l'âge, protège la partie vivante des différentes agressions d'insectes, champignons et bactéries. Juste au-dessous de ces tissus morts se trouve l'écorce interne ou liber dans laquelle circule la sève élaborée, c'est-à-dire l'alimentation fabriquée par les feuilles qui descend dans les différents organes. Des pressions importantes sur l'écorce peuvent gêner cette circulation de sève "descendante" d'autant plus quand le périderme est mince.
Plus à l'intérieur nous trouvons le cambium, fine couche de cellules méristématiques (comme des cellules souche) qui vont permettre la croissance de la plante en créant du bois à l'intérieur et de l'écorce vers l'extérieur.
En pénétrant encore un peu plus vers l'intérieur nous trouvons l'aubier appelé bois vivant mais dont certaines cellules ne vivent que quelques semaines.
L'aubier sert au transport de la sève brute des racines jusqu'aux feuilles, au stockage de réserves dans les rayons ligneux sous forme d'amidon, à la stabilité, à la défense contre des agressions, dernier rempart avant le bois de coeur ou duramen. L'aubier constitue la masse dynamique de l'arbre alors que le bois de coeur, tissus morts, constitue la masse statique utile au support, à la résistance mécanique.
L'aubier peut comprendre de 3 cernes pour certaines espèces à 169 cernes (si les sujets peuvent atteindre cet âge) pour l'acer pseudoplatanus.
Un choc de parechoc ou de portière de voiture ou encore celui d'une cloche de tondeuse peuvent très facilement atteindre et endommager le Cambium trésor fonctionnel de l'arbre situé juste sous l'écorce. Soyons tous vigilants.
(Sources : Les arbres de Raymond DURAND, William MOORE)
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31 mars 2017

Réflexion sur les fruits :
De manière très artificielle et liée aux usages nous classons les arbres en trois catégories, les arbres d'ornement, les arbres forestiers et les fruitiers.
Les arbres fruitiers qui font leur grand retour dans les villes, s'entendent comme produisant des fruits de consommation courante comme les arbres nourriciers du jardin d'Eden. Le pommier du Caucase retrouvé dans des forêts des montagnes du Kazakhstan (malus sieversii) dont descendent tous les pommiers aujourd'hui illustre ces arbres préhistoriques nourriciers.
Tous les arbres ne font pas de fruits, c'est le cas des Gymnospermes appelés souvent résineux ou conifères dont fait partie le ginkgo. Les fleurs femelles ne produisent que des ovules non protégés. L'ovule donne la graine. La pomme de pin n'est pas un fruit.
Chez les Angiospermes (feuillus) cette ou ces graines sont protégées par l'ovaire, charnu comme la cerise, ou sec comme la châtaigne. C'est ce que l'on appelle fruit. Les fruits, consommables ou pas, revêtent de multiples formes : Samares de frênes ou disamares d'érables, strobiles de l'aulne, glands du chêne, baies comme l'orange (et oui, cela ne concerne pas que la tomate et la myrtille), drupes comme la cerise et la pêche mais aussi la noix, gousses pour le gléditsia... Enfin certains faux fruits comme la figue ou l'ananas sont un infrutescence, le regroupement de nombreuses fleurs.
Le fruit est issu d'une fleur femelle et tous les arbres ne portent pas de fleurs femelles.
Certains arbres sont monoïques (une seule maison) et possèdes des fleurs mâles et des fleurs femelles sur le même individu. D'autres sont hermaphrodites, les fleurs sont à la fois mâles et femelles avec pistil et étamines. Tous ces arbres portent des fruits lorsqu'ils sont feuillus (Angiospermes).
Une autre catégorie est constituée des arbres dioïques avec des mâles qui ne portent pas de fruits et des femelles. C'est le cas des saules et des peupliers par exemple. Quand on voit la bourre de peupliers voler, la pollinisation est terminée depuis longtemps et on ne peut pas accuser ces peupliers de notre allergie. Par contre effectivement le peuplier mâle est allergène (3 sur une échelle de 0 à 5). En résumé, seuls les arbres feuillus portent des fruits à condition que ce ne soient pas des individus mâles.
Et si vous me dites que les fruits des ginkgos femelles sentent très mauvais, je vous répondrai que ce ne sont pas des fruits mais des ovules et que j'ai glissé cette information dans ce texte touffu.
(Sources : Les arbres de Raymond DURAND, L'arbre au-delà des idées reçues de Christophe DRENOU)
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24 mars 2017

Je vais vous parler aujourd'hui du lierre, toujours inspiré de l'ouvrage de Christophe DRENOU :
On a longtemps accusé le lierre de tous les maux. Il est parfois même dénommé "bourreau des arbres". Dans les faits, lierre et arbre peuvent se rendre service mutuellement.
Le lierre est l'unique représentant en Europe d'une famille de plantes tropicales, les Araliacées. Cette plante peut atteindre 30 à 40 mètres de longueur pour un diamètre à la base de 15 à 20 centimètres. Ce n'est pas un parasite mais une liane grimpante ou rampante. Ses crampons lui permettent de monter le long des troncs mais ne rentrent pas dans l'écorce. Il ne vit pas aux dépens de l'arbre, ne lui prend ni sève brute ni sève élaborée. C'est pourquoi il pousse tout aussi bien sur un mur que sur un arbre. Doté d'une croissance lente et verticale, il n'étrangle pas les arbres. Toutefois au sein de la profession, les avis sur son maintien sont encore souvent différents. Une Grenobloise amoureuse des arbres et de la nature me téléphone ou écrit au moins une fois par an pour s'offusquer du lierre qui grimpe dans les arbres à Grenoble. Je lui confirme nos pratiques dans le cadre de la gestion différenciée à savoir qu'il n'est pas admis en classe de gestion ornementale, limité à hauteur d'homme en classe classique et semi-naturelle et enfin libre de se développer quand nous sommes en gestion naturelle. Je lui rappelle les bienfaits de cette plante sans jamais la convaincre.
Bien sûr il y a quelquefois concurrence pour la lumière, notamment avec des arbres dépérissant, sans que le lierre ne soit responsable de ce dépérissement. Abondamment présent il peut aussi augmenter le risque de casse sur les branches par son poids et sa prise au vent en hiver. Il peut cacher à l'expert qui passe trop rapidement une blessure ou la fructification d'un champignon pathogène.
Par contre, il permet d'atténuer les coups de chaleur sur les écorces et les fortes gelées. C'est une source de nourriture pour les abeilles et autres insectes à une période où les fleurs sont très peu nombreuses. De même il fructifie en décalé tôt en fin d'hiver pour le plus grand bonheur des oiseaux. Il offre ainsi le gîte et le couvert pour de nombreux auxiliaires comme les chrysopes.
Une forêt qui a du lierre a un meilleur rendement qu'une forêt qui en est dépourvue. C'est pourquoi l'ONF a changé également ses pratiques et protège cette plante.
Enfin, certaines études mettent en avant l'absorption et la destruction de solvants cancérigènes dont le benzène.
Voir le programme d'élagage et programme de plantation des arbres de la semaine.

17 mars 2017

Nous avons évoqué la semaine dernière les bourgeons. Il y en a de trois types, les bourgeons axillaires situés à l'aisselle des feuilles, les bourgeons terminaux à l'extrêmité des rameaux, les bourgeons adventifs à proximité des blessures. La ramification des racines s'exprime sans bourgeon.
Chez les feuillus les bourgeons axillaires sont systématiques, il peut même y en avoir plusieurs à l'aisselle de la même feuille. Chez les résineux ils sont le plus souvent optionnels n'apparaissant qu'en cas de nécessité.
Les bourgeons sont incapables de produire une feuille seule, c'est pourquoi les feuilles tombées ne repousseront pas au même endroit qui reste vide. Ils peuvent donner une fleur, (comme les fleurs de magnolias Soulangiana en ce moment), rester latents, mourir, ou émettre une nouvelle pousse feuillée. Ce sont ces nouvelles pousses feuillées qui chaque année augmentent le volume du houppier de l'arbre et le font reverdir.
Voir le programme d'élagage et programme de plantation des arbres de la semaine.

9 mars 2017

Les jardiniers ont terminé leurs plantations d'arbres, sauf les plantations en bordure de l'avenue Edmond Esmonin et de l'Avenue des Etats Généraux qui commencent et trois arbres sur le secteur 2 décalés pour raisons techniques.
Nous assistons tous, en ce moment au gonflement des bourgeons. Les arbres n'ont pas attendu cette saison pour se couvrir de bourgeons. Ces derniers sont complètement formés depuis la fin de l'été dernier. Ils sont entrés en dormance après fabrication des ébauches de feuilles, de branches, de fleurs, quand les rameaux ont été lignifiés. Leurs écailles imperméables et l'air emprisonné protègent du froid et du gel ces ébauches. Au printemps, avec l'augmentation de la température et de la lumière, certaines hormones de la plante sont activées. Les méristèmes des bourgeons se réveillent et recommencent à fabriquer des cellules. Les ébauches de feuilles, branches et fleurs grandissent, les écailles s'écartent, c'est le débourrement. Tous les bourgeons ne vont pas s'ouvrir au printemps, certains dominés restant en réserve pour prendre le relais si les dominants sont détruits (accident climatique, animal, taille...). Les dominances évitent un développement anarchique de trop nombreux rameaux et confèrent aux différentes essences leur architecture propre.
Voir le programme d'élagage des arbres mise à jour.

3 mars 2017

Le programme plantation de l'équipe "jeunes arbres" est pris un peu dans le désordre car sur Hoche (Cours des Amoureux, cours du Mikado) il faut déposer des pavés pour préparer les fosses.
Les jardiniers ont terminé leurs plantations d'arbres, sauf les plantations en bordure de l'avenue Edmond Esmonin et de l'Avenue des Etats Généraux programmées à partir du 13 mars.
J'ai évoqué semaine dernière les puits de carbone que sont les jeunes et les vieux arbres. La photosynthèse dont l'équation chimique est l'inverse de la respiration, enrichit l'atmosphère en oxygène, de la même façon qu'un vrai poumon recharge le sang du corps en oxygène.
Toutefois pouvons-nous affirmer que les grands parcs urbains et la forêt amazonienne constituent des poumons de la terre ?
Les forêts sont en quantité insuffisante pour renouveler la totalité de l'oxygène atmosphérique. De plus, la libération d'oxygène est le résultat d'un processus long et complexe tandis que les relargages peuvent être importants et brutaux comme l'a montré la canicule de 2003 ou lors d'incendies naturels ou provoqués. Le rôle de poumon de notre planète revient à des organismes beaucoup moins spectaculaires et médiatiques que les arbres : les cyanobactéries... il s'agit de micro-organismes unicellulaires chlorophylliens faisant partie du pictoplanton, probablement les organismes les plus nombreux sur terre, jusqu'à un million de cellules par litre d'eau. L'étendue d'eau représente 70% de la surface de la planète alors que les forêts jeunes et anciennes ne couvrent qu'un tiers des continents. Aussi, 80% de l'oxygène atmosphérique sont produits via les océans, mais cette production serait en baisse.
Voir le programme d'élagage des arbres mise à jour.


Voir le programme d'élagage des arbres mise à jour (25 novembre 2016).
Voir le programme d'élagage des arbres mise à jour (4 novembre 2016).
Voir le programme d'élagage des arbres (octobre 2016).


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